Interview

Mélusine Huguet : « Ce qui a été plus éprouvant, c’est de vivre avec la douleur de Jade au quotidien »

Après avoir refermé Un jour de plus de ton absence de Mélusine Huguet (Carnet Parisien) édité chez Charleston, je n’ai pu m’empêcher de lui écrire un message pour lui livrer mon ressenti, mes émotions, lui dire merci pour ce roman qui m’a littéralement cueillie. Puis il y a eu l’effet boomerang quand j’ai réalisé qu’une partie de cette histoire lui appartenait, qu’elle y avait mis ses épreuves et ses souffrances. J’ai donc eu envie de lui poser quelques questions sur ce premier roman :

Cette semaine est sorti ton premier roman. Comment te sens-tu ? Et quels sont les premiers retours des lecteurs et lectrices ?

Je suis à la fois angoissée par les retours de mes proches et très heureuse de toute cette vague de bonnes ondes que je reçois. J’ai énormément de chance, je me suis sentie très entourée par mes amis, ma famille et les premiers lecteurs le jour de la sortie. Jusqu’à présent, j’ai reçu beaucoup de messages très enthousiastes et je suis extrêmement touchée que chacun prenne le temps de venir m’adresser un petit mot personnel sur les réseaux sociaux. J’aime cette proximité !

Ton roman s’inspire d’une épreuve personnelle. A quel moment as-tu décidé de le livrer aux lecteurs ? Et pour quelles raisons ?

Je n’ai pas l’impression de l’avoir réellement décidé. J’ai toujours aimé écrire, et j’ai toujours aimé écrire, et j’ai toujours eu envie d’achever un roman un jour. Un ou deux ans après cette expérience personnelle dont est tiré mon livre, l’histoire s’est imposée. Je savais d’où je voulais partir, et surtout où je souhaitais arriver. C’était, je crois, ma façon à moi de gérer cet événement, tout en transmettant des messages qui me sont chers. Bien sûr, mon roman reste une fiction, mais il y a une part de réalité derrière.

As-tu rencontré d’autres femmes victimes de viol pour croiser les témoignages et nourrir le roman ?

J’en ai croisées au cours de ma vie, mais je n’en ai pas interrogées pour l’écriture à proprement parler. En revanche, j’ai bien côtoyé une association féministe – Le Fondation des femmes – et j’ai aussi fait la rencontre de plusieurs activistes de l’association SOS Viol.

L’écriture a-t-elle été aisée, fluide, d’un seul jet ou au contraire le côté personnel a-t-il rendu le travail de manuscrit plus difficile ?

Je dirais plutôt que le côté personnel a facilité le travail d’écriture. Il n’a pas été difficile de commencer à écrire : j’ai directement commencé par les premiers chapitres et les derniers. Ce qui a été plus éprouvant, c’est de vivre avec la douleur de Jade au quotidien. J’ai dû faire une pause, car sa détresse était lourde à porter. Je n’avais pas envie que les lecteurs finissent par se lasser d’elle. C’est à ce moment que Louise a pris plus d’ampleur.

Tout au long du roman, tu laisses planer le doute sur la cause du mal être de Jade qui n’accepte pas sa grossesse. J’ai tout d’abord cru qu’elle avait en elle la peur viscérale de perdre de nouveau un enfant en devenir. Elle ne s’attache pas à ce futur bébé, continue de vivre sa vie comme si de rien était, elle n’informe pas Antoine, son compagnon, de sa grossesse … Cette volonté d’entretenir le mystère, de nous détourner de la vérité, a-t-elle été une évidence dès le début ?

Oui, totalement. Je voulais que l’on juge Jade pour mieux s’apercevoir que les apparences peuvent être incroyablement trompeuses. On ignore parfois tout des personnes que l’on côtoie, si on ne prend pas la peine de chercher à les connaître. C’est le message que j’ai souhaité faire passer avec Annie, un personnage qui fait la connaissance de Jade en l’écoutant, plus que son entourage à ce moment donné.

Le titre « Un jour de plus de ton absence » revête de nombreux aspects (l’absence d’un proche décédé, l’absence d’un bébé perdu, l’absence de Jade qui tout au long du roman vit dans un autre monde, gravite dans une autre sphère pour se protéger) mais pas celui de cette bouleversante finalité que nous découvrons à l’issue du livre. D’autres titres étaient-ils « en lice » ? Ou était-ce une évidence ?

La question du titre a été très difficile à trancher ! Lorsque j’ai écrit mon manuscrit, il ne s’intitulait pas « Un jour de plus de ton absence », je lui avais donné un autre titre dont j’aimais beaucoup le double-sens, et qui était très intelligible pour quiconque a lu le roman. Cependant, d’autres œuvres portent déjà ce titre et j’ai dû en faire le deuil. Cela a été difficile de réussir à me projeter sur autre chose. J’ai relu intégralement mon roman pour trouver d’autres idées. Mon éditrice m’avait fait une liste de propositions, j’en ai également rédigé de mon côté. Il y en avait deux dans ma liste finale et j’ai tranché pour « Un jour de plus de ton absence ». Je l’aime beaucoup : il est poétique, très éloquent, et un peu trompeur aussi. J’aime l’idée qu’il peut évoquer quelque chose au lecteur qui sera finalement surpris par ce qu’il trouvera.

C’est la question posée à tous les auteurs mais je n’y résiste pas ! Quelles sont tes petites habitudes d’écriture ?

Je crois que je n’ai pas de routine particulière. Mon premier roman m’a beaucoup appris, et j’en ai tiré plusieurs leçons pour la suite. Par exemple, je ne commettrai plus l’erreur de délaisser mon manuscrit pendant un an ! Car c’est incroyablement difficile de se remettre en route après une si longue absence.

Un prochain roman est-il d’ores et déjà dans les tuyaux ?

Et ouiii ! Je m’étais promis de ne pas le commencer avant la sortie, un peu par superstition. Et finalement, je me suis lancée il y a peu, pour détourner mon attention de mon impatience. Et la thérapie fonctionne bien !

Tu es aussi une fervente lectrice. As-tu un livre de chevet ? Celui que tu ne cesses de conseiller et que tu aimes relire de temps en temps ?

Il y en a beaucoup, mais j’ai une affection très particulière pour Valérie Perrin, dont j’ai été l’une des toutes premières lectrices. J’ai une histoire particulière avec elle, je l’aime énormément, et j’attends impatiemment son troisième roman qui paraîtra dans quelques mois ! Je recommande à tout le monde ses deux premiers : Les oubliés du dimanche et Changer l’eau des fleurs.

Quelle est ta lecture en cours ?

Je viens de commencer Le Chœur des femmes de Martin Winckler.

Merci beaucoup à elle d’avoir répondu à mes questions.

2 commentaires sur “Mélusine Huguet : « Ce qui a été plus éprouvant, c’est de vivre avec la douleur de Jade au quotidien »

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