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« Le Colibri » : La résilience poussée à son paroxysme

Ce genre de roman qui commence sur une scène fantaisiste où un psychologue pénètre dans le cabinet du mari ophtalmologue pour lui dire que sa femme veut le tuer mais qu’avant d’affirmer ce destin funeste, il veut lui poser des questions sur sa vie. Si le mari surpris confirme tout ce que sa femme a pu dire au psy alors oui il est vraiment en danger, dans le cas contraire, cette dernière est définitivement folle. C’est ainsi que commence Le Colibri de Sandro Veronesi, sur cette scène drôle et surprenante.

Résumé : Marco Carrera est le « colibri ». Comme l’oiseau, il emploie toute son énergie à rester au même endroit, à tenir bon malgré les drames qui ponctuent son existence. Alors que s’ouvre le roman, toutes les certitudes de cet ophtalmologue renommé, père et heureux en ménage, vont être balayées par une étrange visite au sujet de son épouse, et les événements de l’été 1981 ne cesseront d’être ravivés à sa mémoire. Cadet d’une fratrie de trois, Marco vit une enfance heureuse à Florence. L’été, lui et sa famille s’établissent dans leur maison de Bolgheri, nichée au sein d’une pinède de la côte Toscane. Cette propriété, qui devait symboliser le bonheur familial, est pourtant le lieu où va se jouer le drame dont aucun membre de la famille Carrera ne se relèvera tout à fait.

L’ophtalmologue en question se prénomme donc Marco Carrera, il a une femme, avec qui la relation se délite dangereusement, une fille Adèle, une petite fille dont la naissance devrait sauver l’humanité, un ami d’enfance L’Innommable porteur d’une poisse incommensurable, un frère qui l’ignore, des parents décédés dont il tente de sauvegarder comme il le peut le patrimoine et Luisa, la femme dont il est véritablement amoureux depuis l’adolescence. De façon très prude, ils s’envoient des lettres et se sont jurés abstinence par respect pour leur relation officielle respective, serment qui ne les empêche de dormir ensemble et d’éprouver une passion viscérale.

La psychanalyse était comme le tabac, il ne suffisait pas de ne pas fumer, il fallait aussi se protéger des fumeurs. Sauf que la seule façon connue de se protéger de la psychanalyse des autres était d’en suivre une soi-même, et sur ce point, il n’entendait pas céder.

Marco Carrera vit et évolue dans cette croisée des destins et des chemins dont il est l’élément central du roman. C’est l’histoire d’un homme qui se laisse glisser année après année, bousculé par les épreuves, par les tempêtes, les disparitions, bousculé par ses prises de risque mais qui malgré tout reste égal à lui-même. Nous lisons les péripéties, les anecdotes, les scénettes narratives d’un homme tout en résilience prêt à tout accepter de la vie.

On aurait tendance parfois à le trouver un tantinet benêt, à rester extatique face à toutes les situations sans aucune révolte, sans aucun débordement juste l’acceptation de ce qui se joue. Et pourtant, n’est ce pas le plus intelligent de tous à faire fi d’une quelconque résistance ? Marco Carrera nous apparaît comme le philosophe des temps modernes, prêt à dire oui à chaque revirement, un Jim Carrey dans Yes Man, le Forrest de Zemeckis. Lire Le Colibri, c’est lire la fresque d’une vie en dents de scie animée par le filin de l’amour pur et infini.

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