Policier/Thriller

« Des gens irréprochables » : Zoé Whittall traite la criminalité sexuelle en offrant une multiplicité des points de vue

Je n’avais jamais vraiment lu de romans édités par Eyrolles avant Souviens que tu m’aimes de Catherine Rose Barbieri. Un bon moment de lecture tant est si bien que j’ai décidé de me pencher un peu plus sur les parutions de la maison. Des gens irréprochables de Zoé Whittall m’a tout de suite tapée dans l’œil avec cette couverture sauvage, forestière, minérale et fraîche. Et le résumé a fini de me convaincre.

Résumé : Dans la paisible ville d’Avalon, un scandale vient d’ébranler le quotidien sans histoire de la communauté : George Woodbury, enseignant affable et respecté, père et époux bien-aimé, est accusé d’agression sexuelle envers de jeunes élèves. Comment les membres de la famille vont-ils composer avec cette situation ? Comment défendre quelqu’un qu’on aime tout en luttant contre la possibilité de sa culpabilité ?

Comme vous l’aurez compris George Woodbury est un homme parfait, respectable et respecté par toute la communauté. Professeur au lycée du coin, il a empêché il y a quelques années une tuerie de masse en stoppant un homme armé d’une carabine prêt à en découdre dans l’enceinte même de l’établissement scolaire. Depuis, il est élu professeur de l’année systématiquement et on ne tarie pas d’éloges à son sujet. Joan sa femme travaille à l’hôpital de la ville. Elle est intègre, honnête, rend service dès qu’elle le peut. Sadie, leur fille adolescente, est l’une des plus brillantes élèves du lycée et leur fils, Andrew est avocat à New-York. Une famille parfaite !

Nous sommes tout autant capables de commettre des erreurs que d’avoir des comportements exemplaires (…) On essaie de maintenir un équilibre par rapport à nos déséquilibres.

Mais un matin, la police débarque au domicile des Woodbury et George est arrêté. Il est accusé d’agressions sexuelles sur mineures. Le tableau idyllique se craquèle et s’écroule. Le roman va saisir le cheminement de chaque membre de la famille : Joan, Sadie et Andrew. Un cheminement physique et psychologique. Joan culpabilise et se rend complice de façon totalement inconsciente de ce crime. Elle vit avec cet homme depuis des hommes et n’a jamais rien vu, rien soupçonné. Sadie de son côté est très partagé et tente de démêler le faux du vrai. Elle aime son père mais pour autant une petie voix s’immisce en elle : « Et si … ». De son côté, Andrew a besoin de croire que son père est innocent. Il n’a aucun doute et ne jure que par la présomption d’innocence. Tous les trois ont choisi des chemins différents. Tous ont un point commun. Cet homme, George, qui en attendant son procès est incarcéré. Et en parallèle, il y a Kevin, cet écrivain a l’unique succès qui choisit de sauter sur l’occasion, de saisir ce fait divers pour en faire l’inspiration de son prochain roman.

J’ai apprécié cette multiplicité des points de vue ajoutant au tableau une certaine richesse. Ce n’est pas tout blanc ou tout noir. Dans ce genre de situation, les choses sont beaucoup plus compliquées que ça et tout le monde tâtonne. Personne n’a ni raison, ni tort. Chacun y va de son opinion en fonction de son histoire avec l’accusé. Le lecteur peut ainsi se faire sa propre opinion avec tous ces éléments ou au contraire, et c’est ce qui m’est arrivée, être emmêlée dans un sac de nœuds, à douter de son innocence et de sa culpabilité à chaque page. Dès le début j’ai cru à l’innocence de George, l’homme piégé et manipulé. Puis petit à petit, on se laisse glisser vers une toute autre hypothèse …

Sur une thématique comme celle-ci, Zoé Whittall aura pu prendre partie et choisir de rendre George coupable dès les premières pages mais elle a choisi de nous soumettre le réalisme humain et les aspérités qui le portent et l’entrainent dans les tréfonds de la conscience. Un roman captivant, prenant, rythmé qui se lit sans retenue. Seul petit regret malgré tout, le dénouement, les cinquante dernières pages qui passent beaucoup trop vite et que l’auteure a bâclées. On fait un bon dans le temps beaucoup trop rapide et je suis tombée des nues en lisant la dernière phrase, la toute dernière phrase du roman. Je ne vous la dévoile pas ici bien entendu, mais elle a eu deux effets. Le premier de faire retomber le soufflet et la seconde de remettre en question tout le roman. Elle a soufflé le chaud et le froid d’un seul coup et j’oscille encore en écrivant ces mots entre la déception la plus totale et la compréhension la plus pure.

 

 

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