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Bilan du mois d’août : une femme qui vieillit, un violon dans la tête, un meurtre en zone contaminée, des tiroirs colorés, une perte de mémoire et des hommes devenus animaux

Vous avez sûrement dû remarquer l’absence de chroniques depuis quelques semaines maintenant. Pour celles et ceux qui me suivent sur instagram, j’ai pris quelques jours de réflexion me rendant bien compte que je passais plus de temps à écrire les articles qu’à lire les ouvrages. Décision prise, je vais donc pour le moment faire un post instagram pour chaque lecture et ici un bilan mensuel. Je vous retrouve donc aujourd’hui avec les livres du mois d’août. Six livres en tout et pour tout, des réceptions, des achats, des titres de la rentrée littéraire mais aussi des romans empruntés à la bibliothèque sur un coup de tête.

L’été où je suis devenue vieille d’Isabelle de Courtivron. Edition L’Iconoclaste

Je commence avec ce témoignage, le premier récit d’Isabelle de Courtivron, spécialiste de bilinguisme et des écrits féministes. Elle a notamment enseigné à MIT aux Etats-Unis la culture, la littérature, le cinéma et a dirigé pendant 10 ans le département de langues et littératures étrangères. Elle a également fait partie de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, expérience particulière qu’elle relate d’ailleurs dans ce livre dont le titre m’a tout de suite happée avec cette première crainte. Du haut de 33 ans, comment allais-je recevoir un récit qui parle du corps et de l’esprit qui vieillissent ? Avec beaucoup de distance et d’humour en réalité. Deux éléments qu’Isabelle distille dans son témoignage qu’elle veut à la fois réaliste, ironique, drôle et émouvant. Les anecdotes fusent dans tous les sens. Les conversations avec les amies qui changent. Elles ne parlent plus aventures, mecs, révolte mais s’échangent les adresses des meilleurs spécialistes pour ce corps qui multiplient les pannes. Elle témoigne aussi de cette position de femmes vieillissantes qu’on interpelle plus à coup de « Madame » mais de « Ma p’tite dame ».

Elle pense aussi à ce moment où il lui faudra arrêter de voyager trop loin, de prendre l’avion pour privilégier les croisières organisées et plus sécurisées. Elle revient également sur cette campagne électorale. Elle a dû se confronter à une génération « start up nation » à la pointe des réseaux sociaux, dotée d’une incroyable rapidité et agilité de l’esprit. Sans oublier la nostalgie de ses combats féministes  et « de constater la permanence de mes idées et de mes combats de jeunesse ». « Mais devenir vieille c’est aussi s’abstenir de se lancer dans des arguments parfois datés, et savoir laisser la place aux jeunes ». Un récit frais, énergique, qui parfois peut faire peur et nous faire penser : « C’est donc ce qui m’attend ». Isabelle de Courtivron livre les contraintes et les contrariétés que peut ressentir une génération qui ne se plaint pas mais qui aborde cette nouvelle ère avec sagesse et soumission.

Un funambule sur le sable de Gilles Marchand. Edition Aux Forges de Vulcain

Un roman comme un conte qui commence avec la naissance de Stradi. Il vient au monde avec un violon dans la tête. Une particularité inexplicable pour les médecins avec laquelle il doit vivre. Mais voilà, il est difficile pour lui de faire taire cet instrument qui n’en fait qu’à sa tête et se lance dans des portées endiablées parfois joyeuses, tristes ou nostalgiques au gré des situations. Puis Stradi rencontre Max lui aussi avec un handicap, et il y a Lélie son coup de foudre de jeunesse, le demi-chien qu’il adopte, son père inventeur loufoque qui se met à étudier le bâillement, la bouteille vide contenant les dernières paroles du grand-père de Max … Nous voyageons dans la vie de Stradi de son enfance à son adolescence, de sa quête d’une place dans la société à ses déconvenues, de son amour perdu à la peur de transmettre sa tare aux prochaines générations. Puis il y a la beauté de sa différence, celle dont on ne veut plus et qu’on finit par regretter une fois qu’elle disparait.

Le roman oscille entre la fantaisie et la réalisme. Il se lit comme un conte et aborde les thèmes de la différence et du rejet qu’il provoque avec originalité, douceur et poésie. Un surprenant mélange entre Amélie Nothomb, Tim Burton, Amélie Poulain et Boris Vian où la projection d’une réalité rencontre l’originalité d’une histoire fantasque.

La commode aux tiroirs de couleurs d’Olivia Ruiz. Edition JC Lattès

C’était une curiosité pour moi de découvrir le premier roman d’Olivia Ruiz , je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Il y a toujours cette crainte quand un artiste explore un autre domaine. N’est ce pas trop prématuré ? Va-t-il décevoir ? Ou au contraire se révéler ? Avec La commode aux tiroirs de couleurs, il est question d’identité, de dictature, de déracinement, d’histoire familiale, d’amour, de mort, de filiation, de sacrifices … A la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite d’une intrigante commode. À l’intérieur, bien conservés, les secrets de quatre générations de femmes indomptables. J’ai cru un temps que le « je » était autobiographique, que Rita pouvait être l’Abuela d’Olivia.

Et c’est en découvrant qu’elle avait en réalité imaginé ce patrimoine qu’elle aurait aimé avoir, cette histoire de femmes désirée que j’ai trouvé ce récit beau, poétique et émouvant. Olivia Ruiz, de par sa généalogie, ne s’éloigne pas totalement de son histoire. Mais elle invente, elle se crée cette famille imaginaire, ces rebondissements, ces caractères féminins forts et combattifs comme une petite fille jouerait à la poupée et rêverait d’un autre livre écrit pour elle. Chaque tiroir de couleur révèle une partie du passé, une anecdote, un objet, une lettre, un tissu … Avec eux, ce sont des souvenirs qui restent, qui se transmettent et perdurent.

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic. Edition Le Livre de Poche

Un meurtre près du site de Tchernobyl entraîne Alexandre Rybalko, au service du père de la victime, en zone contaminée pour résoudre l’enquête. Quand la police officielle prend des mesures draconiennes avant de pénétrer dans cette zone, Alexandre n’en prend aucune. Il est atteint d’un cancer et n’a plus que quelques semaines, mois à vivre. Son seul objectif : faire le job pour être payé une coquette somme et offrir à sa fille l’opération qui lui permettra d’entendre de nouveau. Son dernier cadeau avant de mourir.

Entre l’Ukraine et la Russie, la guerre des clans fait rage et quand le passé s’en mêle plus rien n’a de sens. En 1986, l’explosion de la centrale laisse un territoire meurtri, inhabitable et deux corps assassinés. Alexandre doit faire le lien entre passé et présent tout en naviguant à couvert. Un thriller à couper le souffle qui se déroule dans une zone propice à tous les scénarios et toutes les horreurs. Dans les corps assassinés des oiseaux empaillés, les yeux sont remplacés par des globes en verre et les paupières cousues. J’ai dû faire quelques pauses dans ma lecture pour reprendre ma respiration et retrouver un peu de légèreté. Mais il est difficile de rester éloignée de ce livre trop longtemps.

Les Métamorphoses de Camille Brunel. Editions Alma

L’histoire débute au beau milieu d’un repas de famille. Dîner tumultueux entre les carnivores et les végétariens. Isis et sa chatte Dinah sont au cœur du débat et s’agacent de ne pas être entendues ni écoutées. Quelques jours plus tard, le monde s’affole. Une pandémie sévit. Les êtres humains se transforment en animaux toutes espèces confondues. Impossible d’en connaître l’origine mais le règne animal semble prendre l’ascendant. Il devient d’ailleurs difficile de faire la différence entre l’animal « de naissance » et l’homme devenu animal.

C’est la débandade offrant d’ailleurs quelques scènes plutôt comiques. Un homme écrase volontairement une araignée. Son père réplique : « Mais non !!!! Tu viens de tuer ta mère ». Au milieu de cette folie, Isis essaie tant bien que mal de s’en sortir et de protéger ses deux nièces. Les membres de sa famille se transforment les uns après les autres. Camille Brunel y glisse également les réseaux sociaux, rares liens qui unissent les êtres entre eux. Réseaux pris d’assaut pour partager les vidéos et photos de transformation puis petit à petit délaissés. Il n’y a plus personne au bout du clic ! Un roman complètement fou et délirant qui laisse entrevoir une pointe d’actualité avec ce que nous vivons en ce moment.

La Dislocation de Louise Browaeys. Editions Harper Collins

Il y est question d’une femme dont nous apprendrons le prénom à l’issue du livre. Elle souffre d’amnésie suite à une psychose schizophrénique post partum associée à une perte de mémoire quasi totale. Pour l’accompagner il y a K pour Camille. Un ami qui l’épaule, la conseille et la guide. Elle erre, multiplie les expériences qui vont être pour elle de petits électrochocs faisant remonter à la surface des bribes de son passé : une expérience libertine et homosexuelle, un séjour à Saint Brieuc la terre de ses ancêtres, son histoire d’amour avec Wajdi …

Mais à travers cette femme qui oublie c’est autre chose que Louise Browaeys nous offre en s’inspirant de faits réels qui m’ont totalement scotchée ! Elle y parle d’Une Arche en référence à celui de Noé et d’une expérience scientifique isolant des êtres humains de toutes activités néfastes pour leur organisme, faisant en sorte d’éliminer l’homme pour que seule la femme domine. Elle mentionne également une théorie selon laquelle il y aurait des connexions entre la guerre, la pauvreté, la dévastation écologique et l’oppression des femmes. Détruire Gaïa, détruire la Terre aurait une incidence sur la femme. Ce roman est passionnant et offre une vision à la fois futuriste et terriblement actuelle. Elle y mêle écologie, féminisme, psychologie et avenir à travers un personnage éminemment libre, doté à la fois de la naïveté d’un nouveau né et de la fougue d’une femme aguerrie.

 

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