Impressions littéraires

« Une bête au paradis » : Quand la survie d’une famille dépend de deux femmes capables de tout

Il y a un moment que j’avais ce roman dans ma PAL acheté à la Librairie Mosaïque à Die. La lecture occupant une grande partie de mes journées pendant ce confinement, la pile descend vite et j’en suis arrivée au tant attendu roman de Cécile Coulon, Une bête au paradis aux éditions Iconoclaste. C’est pourtant sa troisième publication mais je n’avais encore pas eu l’occasion de découvrir son travail. Voilà qui est fait.

Résumé :

La vie d’Émilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux. C’est là qu’elle élève seule, avec pour uniques ressources son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel. Les saisons se suivent, ils grandissent. Jusqu’à ce que l’adolescence arrive et, avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui dévaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple se forge. Mais la passion que Blanche voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, dévoré par son ambition, veut partir en ville, réussir. Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.

Une lignée de femmes mise à rude épreuve

Blanche et Gabriel sont deux orphelins recueillis par leur grand-mère après l’accident tragique qui a coûté la vie à leurs parents. L’un comme l’autre ont leur façon bien à eux de réagir à la situation. Gabriel est chétif, apeuré, anéanti. Il végète au Paradis, sur ce domaine fermier, propriété familiale historique quand sa sœur, Blanche, semble être la digne héritière de sa grand-mère et ne rechigne pas à la tâche. Ce trio est épaulé par Louis, un jeune homme battu par son père et recueilli par Emilienne, la grand-mère. C’est un peu l’homme à tout faire, robuste, endurant, il connait le domaine sur le bout des doigts et guette de son œil avisé la moindre vague qui mettrait en branle une machine bien huilée. Plus vieux que Blanche, il n’en est pas moins épris. Depuis son arrivée au Paradis il l’a vu grandir, se transformer et devenir un être désirable.

Au centre de la cour, un arbre centenaire, aux branches assez hautes pour y pendre un homme ou un pneu, arrose de son ombre le sol, si bien qu’en automne, lorsque Blanche sort de la maison pour faire le tour du domaine, la quantité de feuilles mortes et la profondeur du rouge qui les habille lui donnent l’impression d’avancer sur une terre qui aurait saigné toute la nuit.

Tapi dans son coin, il observe, il pose son regard sur la jeune adolescente mais sans jamais s’empêtrer dans un comportement déplacé. Puis un jour, Blanche tombe amoureuse d’Alexandre, le beau Alexandre, le cliché du jeune homme parfait qui obtient tout d’un seul battement de cil, d’un seul sourire. Louis s’en méfie comme de la peste et redouble d’attention. Matrone du Paradis Emilienne maîtrise tout, voit tout, sait tout. Elle a en elle, la sagesse de l’âge. Elle trouve le mot juste, le ton adéquat. Elle sait être ferme sans blesser. Elle sait contenter sans trop donner. Je viens tout juste de terminer Mamie Luger de Benoît Philippon et j’imagine Emilienne avec ce même tempérament sauvage que peut avoir Berthe dans le livre. Cécile Coulon dresse le portrait d’une grand-mère invincible et indétrônable, elle a la solution à tous les problèmes. Mais pour l’amour de sa petite-fille et pour protéger ses petits-enfants, elle va mettre un pied dans la mare au diable, une mare piégée par le beau prétendant.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Il y a dans Une bête au paradis un peu de My Absolute Darling de Gabriel Tallent. La sueur, la poussière, la peau rougie par l’effort, la toilette à l’eau froide, les toiles d’araignées, la boue, le parquet qui grince, la peinture qui s’écaille … Une vie de résistance ou plutôt la survie. Chaque pas est accompagné d’un lourd poids sur les épaules. Blanche, Louis, Gabriel, Emilienne, tous les quatre sont empêtrés dans une toile de ressentiments, de violence et de peur. Et nous les voyons tenter de toute leur force d’échapper à leur destin par amour et attachements les uns aux autres.

Gabriel grandit tordu. Gentil, mais d’une gentillesse obligée, une gentillesse de celui qui ne sait rien faire que penser à ceux qui devraient être là mais ne sont pas là, une gentillesse qui signifie « ne me faites pas de mal, je suis déjà griffé »

Nous nous attachons d’ailleurs très rapidement à chacun des personnages et comprenons vite qu’ils font partie d’un tout, et qu’une seule pièce manquante au puzzle ébranle l’ensemble. Leurs plaies à vif, nous les partageons et souhaitons à chaque page les panser mais Cécile Coulon ne nous permet pas de le faire et c’est en cela qu’elle en fait un roman fort. Il n’y a rien de « feel good » dans son livre, il n’y a pas de paradis. Il n’y a que des personnages qui avancent un pas après l’autre, qui prennent le temps dont ils ont besoin.

Alors qui est la bête ? Cette fameuse bête au paradis ? Je me suis plusieurs fois posée la question. Y en a-t-il seulement une seule ? Elle sommeille en chacun de nous, en chacun d’entre eux, et il suffit parfois d’un rien pour qu’elle sorte de sa tanière et ébranle tout sur son passage. Une bête au paradis c’est avant tout une histoire de femme, une histoire de vengeance, une histoire de combat, un combat pour sauver sa peau. Un combat pour sauver les siens.

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