Impressions littéraires

« Les filles du 17 Swann Street » : Le parcours d’Anna que l’anorexie conduit au delà des limites

J’ai reçu le roman de Yara Zgheib, Les filles du 17 Swann Street édité chez JCLattès il y a un moment maintenant et ai enfin pris le temps de le lire. Un livre fort et déstabilisant qui sensibilise sur les troubles alimentaires comme l’anorexie et la boulimie. A travers l’histoire d’Anna, prénom choisi j’imagine en lien avec les Pro-Ana, des communautés de jeunes femmes en souffrance qui se regroupent derrière des sites dédiés donnant des conseils pour se faire vomir ou maigrir, Yara Zgheib nous offre un aperçu du parcours et des épreuves à traverser sur le chemin de la guérison. Anna est danseuse pour l’Opéra de Paris, était danseuse avant une chute fatale qui finit par briser sa carrière.

Résumé

Quand Anna Roux quitte Paris et le ballet de l’Opéra pour suivre l’homme de sa vie aux États-Unis, elle n’imagine pas la solitude dans laquelle elle va se retrouver. Une solitude qui l’entraîne dans la spirale de l’anorexie mentale. Contrainte de se faire soigner, elle est admise au 17 Swann Street, une maison rose où des femmes aux visages fantomatiques s’efforcent de vaincre leurs troubles alimentaires. Il y a Emm, la cheffe du groupe ; Julia, toujours affamée ; ou la discrète et très perturbée Valérie. Ensemble, elles affrontent leurs démons et six repas quotidiens. Chaque calorie est un déferlement de culpabilité. Et chaque pas vers la guérison requiert une force et une bravoure peu communes, qu’Anna va devoir trouver en elle-même et auprès de ses amies du 17 Swann Street.

Lutter pour avaler la moindre bouchée

Il y a Emm, Julia, Valérie, Sarah, Danielle … Des femmes de toutes âges, souvent jeunes, souvent seules qui se battent, qui luttent contre des troubles alimentaires qui ont pris le pas sur leur vie, sur leur mental, sur leur esprit. Anorexie, boulimie … Des maladies qui dominent leur existence. Chaque jour, compter les calories, faire du sport à outrance, se regarder dans le miroir avec un regard biaisé, lutter pour avaler la moindre bouchée … Puis un jour, les 39 kg qui restent ne suffisent plus à tenir debout, les malaises se multiplient et parfois leur conséquence inévitable. Heureusement pour Anna, elle est entourée. Elle a son papa et son mari, Mathias prêt à tout pour la sauver, quitte à la « forcer » à suivre un programme dans un centre spécialisé et à ne la voir qu’une fois par jour pendant 90 minutes, le temps qu’il faudra.

Certains termes et expressions ne sont pas appropriés ici. Elle les appelle des « détonateurs ». Pas de discussion sur la nourriture et le sport, pas de mention du poids ni des calories. Ma maladie ne doit pas être mentionnée par son nom. Un vague « trouble alimentaire » suffira. Si je suis au bord du désespoir et que j’ai envie d’en finir avec la vie, je dois dire que je « me bats pour m’en sortir ». Si j’ai envie de m’enfuir ou de me jeter sous un bus, j’ai de simples « mauvaises pensées ». Si je me sens indique et laide, ce ne sont que des « problèmes d’image ».

Anna débarque alors au 17 Swann Street, une jolie maison où chaque fille a sa propre chambre, Van Gogh pour elle. Les journées sont rythmées par la pesée, les mesures, le petit déjeuner surveillé et chronométré, les collations, les rendez-vous avec la nutritionniste, les thérapeutes, les sorties trop courtes, les mots croisés, les pleures des unes, des crises d’hystérie des autres … Une organisation qui semble bien huilée, supervisée par Soin Direct, mais qui parfois déraille parce que toutes ont une histoire, des souffrances, des douleurs, des failles, des blessures et que l’enfermement qui les contraint à lutter contre elle-même les submerge parfois.

Comprendre un cheminement 

Ce roman c’est une histoire d’entraide, d’individualité, de maladie, d’acceptation de soi et de mutisme. Ya Zgheib retrace avec brio le parcours d’Anna, un parcours parmi tant d’autres mais qui a cette universalité de la difficulté. Souvent Emm le lui rappelle avec ses mots : « Nous sommes toutes passées par là ». Pour comprendre ce cheminement, l’auteur nous offre des bribes du passé d’Anna, en italique, ces moments heureux avant que tout ne bascule, ces moments dont elle a oublié la saveur. Nous suivons également son parcours médical à travers les rapports des l’équipe de Swann Street qui nous sont livrés, de façon brèves et concises.

Les filles du 17 Swann Street se laisse lire sans obstacle et sans filtre. Tout est dit, tout est ressenti rien est laissé de côté, aucune aspérité de la maladie n’est ignorée.

Le seul petit regret peut-être avec ce roman c’est l’absence de personnage masculin atteint de cette maladie, car si les troubles alimentaires touchent en grande partie les femmes, les hommes peuvent en souffrir également et ils sont bien souvent ignorés.

3 commentaires sur “« Les filles du 17 Swann Street » : Le parcours d’Anna que l’anorexie conduit au delà des limites

    1. Il est vraiment très agréable à lire et c’est la première fois que je lis un roman sur ce sujet avec juste ce qu’il faut de pathos, d’humour, de tragédie … Et surtout un vrai réalisme. Ce sujet est tellement délicat à aborder qu’il faut avoir fait beaucoup de recherches ou être touché de près pour donner à l’histoire l’ampleur qu’elle mérite. Tu devrais passer un bon moment ! Que lis-tu en ce moment ?Belle après-midi

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      1. Oui c’est très difficile de parler de ce sujet … Je lis la Peste d’Albert Camus en ce moment, je suis dans le thème … ! Passe une belle journée 🙂

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