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« Un bruit étrange et beau » : Un silence retentissant

J’ai découvert pour la première fois La Chartreuse en randonnée. Hivernale. Un massif mystérieux presque mystique, une nature austère et spirituelle. Il y a quelques jours nous avons décidé de faire un break et de retrouver ce paysage et cette ambiance si particulière. Réservation prise dans un petit village à quelques kilomètres de Saint Pierre de Chartreuse avec cette envie entêtante : nous rendre au Monastère de La Grande Chartreuse.

Il est 14h. Le soleil d’hiver perce les sapins saupoudrés. C’est le moment. Aux abords, on nous indique la « zone de silence » proche. D’un coup, sans aucun effort, nous nous mettons à murmurer. Puis l’envie de parler disparait totalement. Seuls notre souffle et le bruit de nos pas sur le bitume accompagnent notre progression lente et méditative. Au loin l’architecture apparait, majestueuse et imposante entourée de murs d’enceinte. Et à l’intérieur une vingtaine d’âmes dans le silence monacale d’une cellule protégée par le divin. En réalité, ces murs pourraient en abriter plus et il est difficile d’imaginer si peu de vie dans un si vaste monastère dont la plupart des bâtisses sont abandonnées aux courants d’air et toiles d’araignées.

Philosophique et humaniste

De retour à notre hébergement, je parcours les quelques rayons de la bibliothèque de notre hôte. Des livres autour du voyage, de la photographie, un témoignage de Tesson, un roman jeunesse de Gavalda et cette bande-dessinée de Zep « Un bruit étrange et beau » (Rue de Sèvres). Comme beaucoup je connais Zep pour les aventures de Titeuf, je connais également sa libre interprétation d’une partie de la vie de Bob Dylan mais cet ouvrage m’était totalement inconnu.

– Vous ne doutez jamais ? – Si je ne doutais pas, je n’aurais pas besoin de croire

Il y est question d’un homme William devenu Marcus après être entré au monastère. Suite au décès de sa tante, il doit sortir du silence après 24 ans de solitude et se confronter à la vie extérieure pour se rendre chez le notaire où l’attend la lecture du testament de la défunte. Il y retrouve sa cousine et son cousin également présents. Sur ce chemin du bruit, il fait la connaissance de Méry, une femme condamnée par la maladie. Avec elle, il va redécouvrir ce qu’il a sacrifié.

Le silence comme compagnon de route

La bande-dessinée retrace le parcours de cet homme qui un jour confronté à la mort décide de s’en rapprocher en choisissant cette vie monacale. Le rejet de sa famille, l’acceptation de sa propre condition, une vie rythmée par la prière, le poids du silence devenu compagnon de route, la nostalgie du temps passé, les souvenirs qui s’effacent, la sérénité retrouvée, la relation à l’autre et au corps …

C’est tout un cheminement que Zep dessine avec une grande sincérité. Les traits de Marcus tantôt apaisés font place à ceux plus expressifs de William. C’est tout un visage qui s’éveille aux autres et au monde qui l’entoure avec ses craintes, ses peurs, ses joies et ses tristesses. Zep le fait renaître et nous sentons toute la complexité d’un homme qui s’échappe et cherche de nouveau sa place. Toutes ces tentations apparaissent à ces yeux comme autant de possibilités et de richesses.

Il se retrouve à la croisée des chemins et alors au fond de lui se joue la bataille des consciences. Le silence et le bruit se livrent au jeu des possibles au grand désarroi d’un homme qui croit en Dieu mais aussi en l’homme.

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