Impressions littéraires

« Feel Good » : Thomas Gunzig, un auteur spontané qui ose l’invraisemblable

Les romans dits « feel good » j’en ai de nombreux exemplaires dans ma bibliothèque et pour la plupart j’ai passé un très agréable moment. Mais quand il s’agit d’en faire des chroniques l’exercice est plus compliqué. Je n’ai pour ainsi dire pas grand chose à dire. L’écriture est généralement fluide, l’histoire fraîche et « jolie ». Le tout est authentique et sincère mais il est bien rare que je me trouve transcendée par la lecture au point de relire l’ouvrage une seconde fois ou de le conseiller avec entrain. Pour Feel Good de Thomas Gunzig édité Au diable Vauvert c’est différent, nettement différent. J’ai accroché avec l’histoire, ses deux personnages Alice et Tom, et ses rebondissements d’une originalité épatante. J’ai trouvé dans ce roman de la folie, de la magie et de l’extravagance

Résumé :

Alice, vendeuse dans un magasin de chaussures, a toujours été marquée par la précarité sociale. Mais elle n’en peut plus de devoir compter chaque centime dépensé et de ne pas pouvoir offrir une vie plus confortable à son fils. L’idée folle germe alors en elle d’enlever un enfant de riches dans une crèche de riches pour exiger une rançon. Malheureusement, tout ne se déroule pas comme prévu et elle se retrouve bientôt avec un bébé que personne ne réclame sur les bras. Tom, écrivain moyen, croise la route d’Alice et son histoire de kidnapping lui donne une idée : il lui propose d’en tirer un roman et de partager les bénéfices. Alice, peu convaincue, lui fait une contre-proposition : sous sa tutelle, elle écrira un feel good selon les recettes qui plaisent aujourd’hui, un best-seller susceptible de se vendre à des centaines de milliers d’exemplaires qui les sortirait définitivement de la misère…

Comme elle n’avait pas fait de courses, il ne restait que des pâtes et du beurre et c’est ce qu’elle cuisina, honteuse d’être une mère qui ne peut offrir que ça à son enfant.

Une mise en abyme réjouissante

Thomas Gunzig écrit un roman feel good sur un roman feel good écrit par ses personnages. Pourquoi pas. Mais ce n’est pas cela qui m’a le plus frappée. J’ai trouvé un auteur qui ose. Qui ose l’invraisemblable en faisant d’une vendeuse de chaussures, à la comptabilité « juste » dès le début du mois, maman d’un petit Achille, une kidnappeuse d’enfant. L’évolution de ce personnage, Alice, est fulgurante. Il ne l’installe pas dans une progression longuette mais agit avec vivacité. Son enfance fut pauvre. Elle est pauvre aujourd’hui. Elle compte chaque dépense – l’auteur en fait d’ailleurs une description précise pour nous plonger un peu plus dans sa situation désarmante -, a perdu son travail et cumule les impayés. Casse ne la tienne, elle va voler un bébé devant la crèche et demander une rançon. L’affaire est vite décidée et le plan rapidement élaboré.

Mais elle n’avait pas prévu que le bébé ne serait pas réclamé et qu’il n’appartienne a priori à personne. Thomas Gunzig ne se pose pas de questions, il ne cherche pas le réalisme de la situation mais écrit avec une grande spontanéité en misant sur l’absurdité des situations. Tom qui reçoit la demande de rançon -et qui bien entendu n’a pas d’enfants- propose à Alice d’écrire un roman en s’inspirant de son histoire. En temps normal, le fameux Tom aurait prévenu la police, incité la kidnappeuse à rendre l’enfant, il aurait agi pour son bien mais rien de tout cela. Ce dernier, en manque d’inspiration, préfère utiliser la situation à son avantage.

Elle se souvint de l’odeur cristalline de la « belle maison » de Séverine, du de Séverine qui était comme un parc, de la chambre de Séverine qui était comme un showroom, du poney de Séverine qui s’appelait Cannelle, de la famille de Séverine plongée au quotidien dans le bonheur, l’insouciance et la décontraction

Prêts à tout pour s’en sortir

Derrière l’absurdité de la situation Thomas Gunzing aborde les différences sociales au sein d’une société à deux vitesses. Pour figurer la haute, l’auteur insère Séverine, cette ancienne copine d’école d’Alice qui, à l’époque, vivait déjà dans une sublime maison et sans difficulté aucune. Perdue de vue, Alice reprend contact avec cette camarade qui n’a pour ainsi dire pas changer de situation. Séverine ajoute cette pointe de dégoût qui finit de nous ranger du côté des laissés-pour- compte pour qui un sou est un sou. « Feel Good » est pour ainsi dire une satire sociale finement relevée d’un gros brin d’humour, de magie et de dérision.

J’ai adoré le chemin emprunté par l’auteur, cette capacité d’aborder un sujet sérieux tout en naviguant dans les eaux vives de l’incongru voire du loufoque. Un roman marquant par sa drôlerie et sa sensibilité.

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2 commentaires sur “« Feel Good » : Thomas Gunzig, un auteur spontané qui ose l’invraisemblable

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