Impressions littéraires

« Le corps d’après » : Un territoire organique cartographié avec intensité

J’ai entendu parler du premier roman de Virginie Noar, Le corps d’après (Editions François Bourin), alors que j’étais encore enceinte. Il a vite fait partie des livres de la rentrée littéraire que je voulais absolument lire. Si je ne devais en dévorer qu’un seul ce serait celui-là. Je l’ai reçu quelques jours avant mon accouchement et compte tenu du thème abordé je voulais attendre le retour à la maison avant de l’apprivoiser.

Résumé :

C’est le début. L’absence de sensations. Les inquiétudes irrationnelles. La peur que, soudain, tout s’arrête. Alors, stupéfier les joies dans le sillon des lendemains incertains. Ne pas s’amouracher d’un tubercule en formation, c’est bien trop ridicule et puis, sait-on jamais, il pourrait. Mourir. Je me sens coupable. D’un bonheur qui ne vient pas. Je me sens coupable. Des larmes insensées alors que je devrais sourire. Et puis, ce matin-là, j’entends. Entre les quatre murs silencieux qui ne voient pas le désordre alentour, j’entends. Le balbutiement de son cœur.

Virginie Noar explore le corps féminin sans pincette

Dès les premiers pages, j’ai su que ce manuscrit allait me bouleverser. Le corps et l’esprit féminins y sont triturés, souillés, broyés, explorés, dénudés, violentés et finalement aimés. Le corps et l’esprit y sont pluriels puisque le féminin regorge d’infinis reflets de la madone, à la « putain » en passant par la mère, la femme, la fillette et l’adolescente. Ce corps est un territoire organique cartographié par Virginie Noar, une auteure qui ne prend pas de détours pour saisir à pleine main cet antre de chair et de sang. Virginie Noar ne prend pas de pincettes pour peindre et décrire ces situations plus que cocasses, dégradantes, déshumanisantes où la femme devient un objet de procréation et appartient en un coup de semence à la société toute entière. Les violences obstétricales y sont abordées. L’auteure libère cette parole en usant crument d’un verbe brusque et intense. Elle retrace le parcours d’une mutation, d’une transformation, d’une découverte, d’une inconnue. Un parcours semé  d’embuches, d’interrogations, de démarches d’une fillette devenue adolescente puis femme sexuée et sexuellement active et enfin mère.

Immense chamboulement qui commence avec une petite ligne droite sur un boîtier rose et blanc. Et juste une odeur d’urine pour dire l’essence du monde. L’essence de l’Homme dans quelques gouttes existentielles.

Du pratique au plus philosophique et psychologique

Virginie Noar jongle avec brio entre l’aspect parfois comique et ironique de la situation, le côté pratique et celui plus philosophique et psychologique. Aux prémices d’une maternité à venir, tout n’est qu’efforts, vulnérabilité et peur avant que la mère se déleste de ce fardeau pour entrevoir enfin le bonheur et l’amour – pas si inné que cela. Démarches rébarbatives administratives et médicales, rendez-vous chez ce docteur qui nous considère « hypertonique » ou « pas assez détendue » au moment où sa main explore le plus intime sans ménagement, l’annonce au père, la déclaration à la caf, les effets secondaires sur un corps qui, au delà du bonheur annoncé, subit une mutation de tous les instants. Et les doutes, les pensées noires et fugaces qui font culpabiliser, cette volonté aussi de récupérer son corps de femme une fois l’enfantement advenu, dois-je forcément allaiter, si non que faire de l’instinct primaire du nourrisson qui cherche à téter …

Elle, se transforme. Elle, me transforme. Elle fait de moi une femme mère.Elle me fabrique corps merveilleux.Elle a besoin de moi comme j’ai besoin d’elle. Elle naîtra seulement lorsque je naîtrais d’être sa mère. Je n’ai rien à faire sinon être là, exister, respirer. Ne pas mourir.

Ce roman, sous forme de témoignage, est d’une générosité déconcertante. Doux et intensif, le texte et le rythme d’écriture incisifs sont une vraie claque et ouvrent les yeux sur un bouleversement aux nombreuses aspérités bien trop souvent mises sous silence au profit d’un bonheur évident.

 

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