Impressions littéraires

« Après la fête » : le roman d’une génération empreint d’une délicate poésie

Contactée par Anne et Arnaud pour découvrir le premier roman de Lola Nicolle, Après la fête, publié par Les Escales, j’ai sauté sur l’occasion. Une rentrée littéraire ne se fait pas sans jeunes auteurs qui passent le cap pour tenter de venir nous saisir, lecteurs et lectrices, avec cette petite crainte en tête, vais-je réussir à les embarquer dans mon histoire ?

Résumé 

Ils se sont rencontrés à l’université et aiment se retrouver. Le temps est aux discussions intenses et à la fête. Jusqu’au jour où, insidieusement, ils arrivent à ce moment de transition, de bascule entre les études et le monde du travail. De rupture aussi. Après la fête saisit cet instant celui de la fin de l’insouciance, quand les amis s’éloignent et que les premières amours se tarissent. Même celles de Raphaëlle et Antoine. Tous deux habitant le quartier de Château-Rouge, à Paris. Elle est issue de la petite bourgeoisie, lui vient de la cité. Elle trouve rapidement du travail quand le chemin se fait pour lui plus épineux … Et la réalité se rappelle soudain à eux. Comment faire alors pour que la vie, toujours, reste une fête ?

Regarder par la fenêtre d’un train lancé à grande vitesse

Une dizaine de pages plus tard, j’ai la sensation de lire le film Paris est à nous, sorti en 2018 avec cette caméra embarquée au plus près du protagoniste, de son regard, de ses gestes, de son parcours, de sa respiration, des battements de son coeur … J’ai eu la sensation de respirer au rythme de Raphaëlle, de voir à travers ses yeux, de marcher dans les pas d’une jeune femme qui déambule dans les interstices de sa vie, qui se meut, se transforme au détour d’une rue, d’une rencontre, d’un échec, de retrouvailles … Ce premier roman m’est apparu comme l’âme d’un moment, le kaléidoscope du temps qui passe, de la beauté simple des choses.

La nuit tombait et dans nos corps, tu excellais. Tu anéantissais mes préjugés. Tu me cueillais là où jamais personne n’avait été, me dominais. Tu jouais avec mon désir comme un chat avec une pelote.

Le voyage vertigineux d’une évolution programmée

Après la fête c’est le roman de l’observation. Le personnage principale observe depuis son centre de gravité, les pieds bien ancrés dans le sol, le monde basculer autour d’elle. Elle finit par suivre le mouvement avec, pour seul obstacle et pas des moindres, le chamboulement imminent d’un avenir en devenir, reflet d’un âge révolu, d’une insouciance passée et les interrogations qui vont avec. Il y est question d’abandon. Abandonner ses amis de l’époque ( Esther, Axelle, Albin, Hannah, Benjamin) pour mieux les retrouver une fois l’année, comme un rituel qui conserverait intact ce fil invisible qui nous ramène avec fraîcheur en arrière. Tous sont dans le même train, mais certains changent de wagons.

Il y est question de différences. De différences sociales entre deux amoureux, Raphaëlle et Antoine, passionnés des livres, qui ne se rejoignent plus quand l’heure est à la quête d’un parcours professionnel projeté ensemble et accompli seul, quand l’heure est aux priorités, à ce brin d’égoïsme qui oblige à laisser sur le bas côté la valse des sentiments. Après la fête, c’est le livre d’une génération. Une génération qui cherche, qui tâtonne, qui s’indiffère, qui voyage pour trouver ailleurs l’exotisme manquant et ainsi s’offrir un nouvel élan, ouvrir la porte d’une nouvelle vie, vivre l’aventure une dernière fois.

Je traine mon grand chagrin le long des rues. Je l’applique sur ta peau à chacune de mes caresses moites. Il prend la forme d’un silence. Il est rugueux et âpre dans la bouche.

Une écriture infiniment poétique

Lola Nicolle a pour elle ce style, cette écriture poétique à la fois sensible et lyrique qui nous arrive comme des vaguelettes de fraîcheur. Marquée par la beauté, la grâce et la délicatesse de son verbe, je me suis d’ailleurs surprise, à de nombreuses reprises, à relire quelques unes de ses formules et à les noter pour en retenir chaque mot. A titre d’exemple, je suis restée scotchée sur cette phrase : « Après la fête, au fusain du jour montant, la ville s’esquissa lentement ». Je me suis imaginée un peintre, aux aurores, sur le pont des Arts saisissant chaque couleur d’un paysage qui se réveille, qui s’étire pour offrir ses plus beaux et doux atours. J’ai été fasciné par sa capacité à nous émerveiller par cette justesse poétique sans faire dans la fioriture inutile et désuète.

A travers les mots de l’auteure, j’ai ressenti l’incertitude. J’ai ressenti cette ère du flottement qu’un seul filet d’air fait vaciller. Cette jeunesse, empreinte d’une naïveté qui se délite page après page, tend une main frêle pour saisir un avenir encore trop flou. Après la fête, c’est le parcours initiatique d’une génération qui réalise, qui ouvre les yeux sur l’inconnu.

Après la fête est un incroyable premier roman qui nous transporte. Il nous colle le visage contre la vitre nous incitant avec douceur et vitalité à entrevoir la magie d’un horizon qui se dégage et se déploie pour offrir le meilleur à celui qui ose.

 

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