Impressions littéraires

Cécile et les Beaujour : la bourgeoisie bretonne vole en éclat avec brio

Deuxième ouvrage lu pendant les longues heures passées à la maternité : Cécile et les Beaujour d’Eric Le Nabour édité chez Calmann Levy. Un auteur avec un sacré pedigree dont je n’avais jamais entendu parler. Une histoire de femmes qui m’a beaucoup fait penser aux Heures Solaires de Caroline Caugant mais dans un tout autre registre littéraire. Un voyage inter générationnel au début du XXe siècle constitué de la grand-mère, Noémie, la mère, Mathilde, et ses deux filles. Le quatuor vit sur le domaine familial du nom de Malavielle non loin de Nantes, ville d’origine de l’auteur.

Résumé

Début du xxe siècle, dans le pays nantais. À l’ombre des arbres centenaires du parc du château de Malavielle, Cécile grandit entourée de femmes  : sa grand-mère, qui tient les rênes du domaine, sa mère, une douce bourgeoise effacée, sa grande sœur, qui se destine à la vie monacale. Protégée, trop peut-être, la jeune fille a tout pour être heureuse, jusqu’au jour où elle se décide à poser des questions sur les hommes de la famille.
De son père, on lui dit qu’il est mort dans un incendie à Paris, de son grand-père, qu’il était inconséquent et qu’il aurait disparu après avoir honteusement ruiné Malavielle. Mais Cécile ne trouve aucune photo, aucune trace tangible de leur existence. Quand elle s’entête, sa grand-mère l’expédie dans un internat accueillant la jeunesse dorée nantaise, où elle subit quotidiennement rebuffades et humiliations. Révoltée, Cécile fugue et débarque seule à Paris, bien décidée à éclaircir le mystère de ses origines.

Une ambiance austère, humide et secrète

Je me suis tout de suite figurée un univers oscillant entre Jane Eyre et Les malheurs de Sophie entre une marâtre visqueuse, opportuniste, froide comme la glace très certainement vêtue d’une dentelle noire passée aux odeurs de naphtaline et une mère aimante mais peu expressive, en retrait, une petite souris chétive qui se terre dans un trou trop petit pour elle. Au milieu de ce duo génétique, deux jeunes sœurs, Cécile et Juliette  que l’ambiance austère, humide et secrète de Malavielle n’épargne pas, incitant l’une à rejoindre, comme novice, un monastère et l’autre à prendre la fuite direction Paris pour y trouver des réponses. Que sont donc devenus les « mâles » de la famille ? Où est donc le père, Armand ? Et le grand-père, Georges ? Pourquoi n’en parle-t-on jamais dans les murs de ce château ?

Un amas de viscères et de rancœurs enfermées dans une enveloppe grise et crispée : voilà comment elle aurait pu définir cet être qui écrasait tout autour d’elle, qui aurait voulu que la nature respire à son rythme et que les saison lui obéissent

L’auteur exploite plusieurs pistes. A la fois les secrets de famille, thème récurrent de la littérature mais en y ajoutant une bonne dose de fraîcheur à travers le personnage de Cécile qui navigue dans sa nouvelle vie parisienne sans trop de difficultés. Les bonnes rencontres et les décisives vont bon train jusqu’à nous faire regretter parfois le goût de l’aventure et des rebondissements. Il exploite également à travers les deux sœurs deux angles réactifs bien distincts, entre Juliette qui fuit ces histoires de famille lourdes de sens et Cécile qui choisit d’affronter et de percer à jour les secrets enfouis par sa grand-mère.

Un petit monde qui s’effondre

Il va s’en dire que les nœuds se dénouent, les liens entre tous les personnages se tissent pour se défaire aussitôt. Le petit monde de Malavielle, tenu en laisse par Noémie, s’effondre comme un château de cartes et il est plaisant de constater comment une jeune femme de 17 ans au moment de la fuite réussit, avec seulement quelques pièces en poche, à démanteler cette tour de garde et à s’épanouir dans une vie dont elle aurait pu être privée.

Nous plongeons en plein début du XXe siècle, immortalisant aussi bien les beaux quartiers des faubourgs, que les mines défaites des bas fonds parisiens. Cécile passe de l’un à l’autre avec une facilité déconcertante lui conférant un attachement particulier de la part du lecteur. Elle veut la vérité et n’est pas prête à tout pour l’obtenir. Un roman parfait pour qui voudrait remonter le temps, saisir la poussière des vieux portraits de famille peints à l’huile, sentir le parquet fraichement ciré et l’odeur du bois de cheminée brûlé la veille. Cécile et les Beaujour, c’est la fougue d’une adolescente prête à devenir femme avec toutes les clés en main pour définir une vie à son image.

 

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