Impressions littéraires

« Surface » : Une flic et un village, malmenés par Olivier Norek, muent de concert

J’ai découvert l’auteur Olivier Norek avec son roman Entre deux mondes. Un véritable choc qui s’est petit à petit transformé en une véritable admiration pour sa capacité à ancrer ses personnages dans une réalité, parfois dure à digérer et à accepter, mais qui frôle la prise de conscience. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture d’Entre deux mondes dont le récit prend naissance au cœur de la jungle de Calais. Si d’ailleurs vous voulez en savoir plus sur son travail de recherche et d’écriture pour ce livre, je vous conseille l’excellent podcast de Jérôme Vermelin, « Les gens qui lisent sont plus heureux » consacré à Olivier Norek.

J’étais donc très impatiente de retrouver l’ancien flic du 93 avec ce nouvel opus, Surface chez Michel Lafon. Qu’était-il capable de nous servir après l’excellent Entre deux mondes ? Le doute se dissout très vite. Le plateau est toujours en argent. Et la coupe en cristal.

Résumé :

Ici, personne ne veut plus de cette capitaine de police. Là-bas, personne ne veut de son enquête

Et si on grattait un peu pour voir ce qui se trouve sous la surface ?

Le résumé de la quatrième de couverture est court et mystérieux. Alors laissez-moi, en quelques mots, vous plonger dans l’ambiance. Noémie Chastain est capitaine de police au 36. (Petite parenthèse : Je n’ai pas arrêté d’imaginer le visage de l’actrice Jessica Chastain en lisant Surface). Au cours d’une intervention pour interpeller Sohan, un dealer de premier ordre, elle reçoit en plein visage un tir de fusil de chasse. Événement bouleversant et traumatisant d’un point de vue psychologique, social et professionnel. Au 36, ils ne veulent plus d’elle. Son collègue et compagnon, Adriel, n’arrive pas à gérer le nouveau visage de Noémie et préfère fuir. La policière se retrouve donc dans l’Aveyron (le département d’origine d’Olivier Norek), au commissariat de Decazeville (qui existe vraiment) en charge de cinq communes : Aubin, Firmi, Cransac, Viviez et Avalone. Tous se trouvent sur une carte de France sauf Avalone, inventé par l’écrivain. Et c’est à cet endroit, au sein de cette petite communauté, quasi en autarcie, que va se jouer l’enquête.

L’enfer reste toujours le regard que les autres portent sur nous. Comme un jugement. Le regard qui nous examine, celui qui nous empêche d’oser, celui qui nous freine, celui qui nous peine, celui qui nous fait nous aimer ou nous détester.

Noémie et le lac d’Avalone, deux personnages funestes

Dans cette enquête Aveyronnaise, ponctuée de rebondissements plus ou moins prévisibles, j’ai trouvé le parallèle entre le lac d’Avalone et Noémie Chastain très intéressant et saisissant. L’horrible scène qui introduit Surface prive la capitaine de police du miroir de son âme, de cette première impression que nous avons d’une personne, de cet élément que nous saisissons de prime abord chez tout être humain, son visage. Noyée sous ses cicatrices, elle doit faire surgir ce qu’elle est sous la surface, ce qu’elle est derrière le masque et se reconstruire. En parallèle de Noémie, un lac. Quel est le rapport ? Sous le lac d’Avalone, il y a la première « version » du village, submergée par les eaux pour des questions économiques. A quelques pas, le nouveau village et ses secrets, ses fêlures et ses cicatrices intimement liées à son histoire abandonnée aux tourbillons aquatiques.

Olivier Norek offre une bonne dose d’humanité

Dans les deux cas, il faut déconstruire, il faut prendre les pièces d’un puzzle éclaté en mille morceaux pour recoller chaque pièce à force de patience, de révolte, de confiance, de surprise, d’incompréhension. Ces deux personnages, Avalone et Noémie, doivent laisser mourir une partie d’eux-même pour renaître enfin. Et il faut dire qu’Olivier Norek malmène l’un et l’autre mais j’ai vraiment été touchée par le traitement qu’il réserve à Noémie. Les nerfs à vif, c’est une véritable boule de feu. Il lui sert un handicap épouvantable et sert au roman les fondements d’une quête psychologique doublée d’une enquête sociale.

Je m’attendais à un roman 100% policier mais l’auteur créé un bel équilibre ajoutant une dose d’humanité à laquelle je ne m’attendais pas du tout. L’originalité de l’intrigue avec ce village fantôme sous l’eau, la force que doit déployer Noémie pour survivre et tous les éléments qui se greffent tout autour font de Surface un roman complet, franc et haletant.

 

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