Impressions littéraires

« Station Eleven » : la fin du monde révèle une toile tissée par l’homme

Il y a quelques semaines maintenant j’ai reçu un pli. Une enveloppe contenant le livre d’Emily St.John Mandel, Station Eleven édité chez Rivages Poche offert par une amie avec cette envie de partager une belle lecture. Une jolie surprise à laquelle je ne m’attendais pas du tout. L’amoureux a tout de suite mis le grappin dessus et il l’a lu d’une traite. Une fois fermé, il m’a lancée : « Il faut absolument que tu lises ce bouquin il est génial ». En effet … Il est génial !

De quoi s’agit-il ?

Dans un monde où la civilisation s’est effondrée, une troupe itinérante d’acteurs et de musiciens parcourt la région du lac Michigan et tente de préserver l’espoir en jouant du Shakespeare et du Beethoven. Ceux qui ont connu l’ancien monde l’évoquent avec nostalgie, alors que la nouvelle génération peine à se le représenter. De l’humanité ne subsistent plus que l’art et le souvenir. Peut-être l’essentiel.

Si l’enfer c’est les autres, que dire d’un monde où il n’y a presque plus personne ?

L’histoire commence sur une tragédie, Le Roi Lear, jouée au Elgin Theatre de Toronto. Arthur, l’étoile des planches sur sa fin, décède sur scène pendant la représentation. Quelques jours plus tard, une grippe pandémique se propage sur la planète emportant des populations entières en seulement quelques jours. Emily St.John Mandel nous peint une fin du monde certaine avec, malgré tout, une foule de rescapés disséminés entre la Malaisie, Severn City dans le Michigan, Toronto …

Un roman post-apocalyptique

Même si ce fléau est le point déclencheur du récit et qu’il ressemble trait pour trait à un scénario d’un film catastrophe, l’auteure s’attache à l’humain et à sa capacité à s’adapter tel un animal. Il y a la vie d’avant et celle d’après. Et pour en comprendre le mécanisme et saisir les liens qui unissent chaque personnage, elle truffe le roman d’aller-retour entre passé et présent. C’est un véritable puzzle pris dans le tourbillon de la survie où l’une des rescapés, Kirsten a intégré la Symphonie, une troupe de théâtre et de musique qui parcourt ce nouveau monde, Jeevan est devenu le doc des environs, le prophète prêche la bonne parole et tente de rallier à sa cause tout un peuple, Clark façonne un musée à l’image de l’ancien temps … La structure du roman est incroyable, verni d’interstices, de gouffres dans lesquels plonge le lecteur avec cette soif d’aller jusqu’au bout de de l’histoire de chaque personnage.

Survivre ne suffit pas : Kirsten s’était fait tatouer ces mots sur l’avant-bras gauche, à l’âge de quinze ans

Le musée, créé dans l’aéroport par Clark, m’a d’ailleurs fait penser au film L’An 01 réalisé par Jacques Doillon (à voir absolument). Dans le roman, Clark décide d’exposer toutes les technologies du passé, les objets utiles dans l’ancienne époque qui, aujourd’hui, ne servent plus à rien. Dans le film de Doillon, où la population décide d’un jour et d’une heure pour tout arrêter, faire un pas de côté et vivre différemment comme un retour à la terre, un musée montre aux jeunes générations ce qu’étaient un grille pain, une machine à laver, un appareil photo etc …

A la lecture de Station Eleven, je me suis imaginée une vie sans internet, sans téléphone, sans médecine, sans électricité, une page blanche à réécrire, un reset sur toute une vie comblée de facilités quotidiennes … L’horreur dites-vous ? Et bien Emily St.John Mandel pourrait peut-être vous faire changer d’avis. Elle ne saisit pas la facilité du « c’était mieux avant ! », et ne prend pas non plus la voie du « Ça ne nous ferait pas de mal de reprendre tout à zéro ». J’y ai vu comme un troisième chemin, celui du : « On pourrait faire autrement et nous pouvons faire autrement », non sans difficulté mais c’est possible. L’homme survit, s’organise et s’adapte.

Station Eleven est un roman terriblement visionnaire à prendre comme un courant de pensée, une philosophie, un parti pris sur l’avenir.

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