Impressions littéraires

« Dans la neige » : Wisteria Lane en noir et blanc

Quand on vit dans les Alpes, qui plus est en saison hivernale, les lectures peuvent être influencées par la météo. Chutes de neige, bourrasques et froid et me voilà avec « Dans la neige » de Danya Kukafka (Editions Sonatine) sous le bras. Un premier roman – j’y suis abonnée en ce moment – pour cette jeune américaine de 25 ans.

A vrai dire, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Ou plutôt si. Je m’étais imaginée, sûrement influencée par la couverture, l’atmosphère du Territoire des Loups, de Wind River ou encore du livre Winter de Rick Bass : un paysage glacé, sauvage, avec des villages séparés par des dizaines de kilomètres, une vie en autarcie entre deux fusils rouillés et deux tasses de café trop allongé et fumantes. En réalité, rien de tout cela !

De quoi est-il question ?

Que l’on adore ou que l’on déteste Lucinda Hayes, elle ne laisse personne indifférent. Surtout pas Cameron qui passe son temps à l’épier, ni Jade, qui la jalouse férocement. Encore moins Russ, qui enquête sur sa mort brutale. On vient en effet de retrouver le corps de Lucinda dans la neige. Chacun leur tour, Cameron, Jade et Russ évoquent la jeune fille, leurs rapports, leurs secrets. Rapidement, ce drame devient leur obsession : tous trois savent en effet que la vérité peut les sauver. Ou les détruire.

Et puis, comme par miracle, la neige . La plus belle façon pour le ciel de pleurer un être humain .

Une enquête ? Non. Un thriller ? Encore moins. Une fresque sociale ? Pas tout à fait. Ne vous méprenez pas, le décès de Lucinda et son corps recouvert de neige ne sont pas le cœur du récit, ils servent le propos et arrivent comme des éléments déclencheurs d’une promenade d’un personnage à l’autre. L’auteur nous invite à explorer un triptyque de personnages. Le flic, Russ. L’amoureux perdu, artiste mélancolique, fin observateur aux heures nocturnes – avec ses Nuits Statues-, Cameron et enfin Jade, l’adolescente un peu bizarre, pas très jolie mais fin psychologue.

Un Wisteria Lane en noir et blanc

Je m’attendais réellement à assister à une enquête à travers les yeux de ces trois identités, à y repérer un cheminement logique qui nous emmènerait tout droit au coupable. Alors bien entendu, l’auteure ne nous laisse pas sur notre fin et révèle l’identité de l’assassin ainsi que les circonstances du drame. Surprise ? Pirouette ? Absolument pas et d’ailleurs cette révélation tombe comme un flop. On se dit : « Lui là ? Ah bon ? Oui pourquoi pas mais où est la grosse surprise, l’étonnement, l’excitation. Absente ! ».

Mais Danya Kukafka n’a pas choisi ce partie pris. Au contraire, elle ouvre une porte que peu d’auteurs de polar ont poussé – à ma connaissance : laisser l’essence même d’une thriller/polar, le crime, de côté pour se concentrer sur les personnages qui gravitent autour, une espèce de Winsteria Lane en noir et blanc. Le lecteur pénètre dans les maisons, assiste aux conversations les plus intimes, passe de la troisième à la première personne aussi vite qu’il le faut pour le lire. Ces portraits croisés sont fins, riches, émouvants, psychologiques. Ces trois voix s’élèvent pour un roman choral harmonieux et mystérieux.

Pour un premier roman, Danya Kukafka joue sur l’originalité de la forme. Un exercice qu’elle réussit plutôt bien en imposant son écriture poétique et millimétrée.

 

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