« La Vraie Vie » : perdre son insouciance pour construire sa féminité

Après My Absolute Darling, j’avais hâte de commencer un autre livre. Et j’ai jeté mon dévolu sur « La Vraie Vie » d’Adeline Dieudonné aux éditions L’Iconoclaste. Et quel plaisir ça a été ! Une édition très agréable, peu de textes à chaque page accentuant l’effet dynamique de la lecture, sans l’oublier l’écriture de l’auteur qui rythme l’histoire à une vitesse folle.

De quoi on parle ?

« C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent. Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparait comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserver l’espoir fou que tout s’arrange un jour. »

Perdre son insouciance …

Ce roman commence un peu comme dans un conte à la Amélie Nothomb, il m’a aussi fait penser au roman « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut, un récit à la première personne avec le ton d’une pré-adolescente, dont on ne connaitra jamais le nom, qui évolue au fil des pages avec les aléas de la vie. Nous suivons sa construction personnelle et celle de son frère, Gilles dans ce qui ressemble à un microcosme pavillonnaire à la Wisteria Lane où les façades parfaites ne font que dissimuler la vraie nature de chacun.

Ma mère, à son mariage, elle n’avait pas encore peur. Il semblait juste qu’on l’avait posée là, à côté de ce type, comme un vase.

Tous les deux vont vivre un accident qui va déclencher chez lui un mutisme désarmant et chez elle la quête ultime, celle de remonter dans le temps coûte que coûte pour ne jamais avoir à vivre cet instant de violence et retrouver insouciance de son petit frère croquée par la « hyène » qui sommeille en lui. Le décor est planté et, comme je le disais déjà plus haut, le talent d’écriture d’Adeline Dieudonné pare chaque événement, chaque chose, chaque détail d’un voile vivifiant. Chaque scène file dans notre tête à la vitesse de 24 images à la seconde. Un vrai petit cinéma forain taillé dans du 35 mm qui déambule en sautillant gaiement.

Pour construire sa féminité

Le plan est imparable et cousu à la perfection. Il y a tous les ingrédients pour une ambivalence évidente entre féminité et masculinité. Son petit frère Gilles développe une attirance pour les armes et la violence épaulé et guidé par son père, fin chasseur un peu bourru dorlotant sa chambre des cadavres. Les femmes qui l’entourent révèlent être aux antipodes les unes des autres brouillant les repères. Sa mère n’est qu’un « vase » posé là, rouée de coups pour un rien et qui ne trouve de compagnie qu’auprès des animaux. Monica apparait comme une sorcière, prêtresse et guérisseuse du fin fond des bois. La jeune et belle voisine un peu bohème sent le patchouli et fait son yoga tous les matins, quand Yaëlle, la femme du professeur Palvolic chez qui elle prend des cours de physique cantique pour devenir Marie-Curie, est une brûlée vive pour avoir aidée une femme battue. Côté masculin, entre un ancien champion de karaté qui réveille chez elle les premières sensations du désir, son père, chasseur et violent, le professeur qui élève son intellect et son frère qui se transforme, il y a de quoi trébucher et se sentir perdue.

Tous ces personnages, construits par Adeline Dieudonné, ont la ferme intention d’aider cette femme en devenir à réveiller ses sens, à suivre son intuition, à puiser une force inconnue, à bousculer ses ambitions, à trébucher et à se relever. Le personnage principal tient en équilibre dans la vraie vie pour construire sa propre vie.

Un livre que je recommande vivement. Il y a tout à prendre et rien à jeter. L’ensemble est harmonieux tant dans l’édition, que l’écriture, l’histoire et les personnages. Le manuscrit tient la route et confirme le talent d’Adeline Dieudonné qui signe ici son premier roman.

 

 

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