« My Absolute Darling » : du Truffaut trash avec une odeur de sang, de sueur et de terre.

De ma vie de lectrice, je n’ai jamais, au grand jamais, mis autant de temps à lire un roman. Comme j’ai déjà pu le dire sur les réseaux sociaux, j’étais confiante et plutôt enthousiaste à l’idée de me plonger dans « My Absolute Darling » de Gabriel Tallent aux éditions Gallmeister. Loin d’être influençable sur mes lectures, les retours d’instabook, livraddict et autres hashtags de la communauté m’ont fortement incitée à prendre le temps de le lire. « Prendre le temps » … Un euphémisme dans mon cas. Deux semaines ! Deux longues semaine, à le prendre, le lâcher, le perdre, le retrouver et toujours cette petite phrase dans ma tête : « Allez persiste, si beaucoup ont été unanime sur ce livre c’est qu’il doit bien y avoir une raison ».

Oui mais voilà après la fameuse remarque de la bibliothécaire : « Ce livre n’est pas à mettre entre les mains de tout le monde il y est quand même question d’inceste », je me suis d’emblée bloquée. Je ne suis pas une petite nature et ai plutôt tendance à penser que n’importe quel sujet peut être abordé si le support de circulation de la dite idée s’y prête mais surtout si le messager fait bien le job. Mais alors là ! C’était comme de faire passer dans mon œsophage une arête grosse comme le poing.

De quoi parle-t-on au juste ?

« A quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège , et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie. »

Une odeur luisante de poudre, de sueur, de sang et de terre

Turtle, que son cher et tendre appelle affectueusement -si on peut parler d’affection- croquette, gobe un œuf cru tous les matins avant d’aller à l’école et balance systématiquement au petit déjeuner une bière à son père. Les murs de la maison, isolée au milieu d’une terre poussiéreuse, sont marqués par les impacts de balles parce que oui Turtle s’entraine à tirer motiver par les élucubrations criardes du paternel. « Pouffiasse », « sale petite conne », « connasse » et autres insultes bien féministes nous arrivent comme un refrain obscène plutôt lourd, un excès de violence soudain, et bien entendu gratuit, à l’encontre d’une adolescente obligée de poser ses couilles sur la table plutôt que ses coudes. Turtle est une enfant sauvage à la Truffaut mais dans sa version la plus trash.

Turtle, ton père est un immense, un titanesque, un colossal enfoiré, un des pires qui aient jamais vogué sur les mers de verveine, citron, un enfoiré de première dont les profondeurs et l’ampleur de l’enfoiritude dépassent l’entendement et défient l’imagination.

Et quand l’envie lui prend, le mastodonte puant transporte sa fille dans sa chambre pour la violer. Seul proche, son grand-père qui vit non loin de cette bicoc de bric et de broc dans un mobilhome avec son chien. Tout cet environnement sent la sueur, le sang, la terre, la poudre, les excréments, le poisson pourri et la moisissure. On s’y croirait, ça ne fait aucun doute. Vous vous souvenez du « Parfum » de Suskind et de cet extrait : « né sans odeur à l’endroit le plus puant du monde, issu de l’ordure, de la crotte et de la pourriture, lui qui avait poussé sans amour et vécu sans la chaleur d’une âme humaine, uniquement à force de révolte et de dégoût, petit, bossu, boiteux, laid, tenu à l’écart, abominable à l’intérieur comme à l’extérieur ». Et bien voilà, vous n’avez qu’un infime aperçu de ce que mon imagination a trafiqué en lisant « My Absolute Darling ».

Une violence parfois gratuite qui dessert la psychologie des personnages

Malgré une écriture incroyable et un sens du détail quasi cinématographique, Gabriel Tallent ne va pas assez loin dans l’ambivalence des sentiments entre Turtle et son père. Si les passages violents à la limite de l’effroi pour le lecteur – et je ne parle pas des scènes de viol qui au final sont assez peu présentes – sont ici pour nous montrer l’amour inconditionnel d’un père pour sa fille et inversement, ce qui semble expliquer pourquoi Turtle a tant de mal à s’extirper d’une telle situation, ils sont parfois gratuits, nous perdent dans la psychologie des personnages et manquent de nous asphyxier.

Quand Turtle rencontre Jacob, on se dit : ENFIN une ouverture pour cette pauvre gamine, ses bleus, son petit corps fétiche, ses ongles sales et sa peau fine, mais Gabriel Tallent, après un passage chaotique entre deux eaux, le jeune homme disparait de la circulation. La porte se referme aussi vite qu’elle s’est ouverte sans que nous comprenions vraiment pourquoi.

Je reconnais aisément le travail d’écriture de l’auteur et ai parfois reconnu la plume d’un Zola ou d’un Balzac dans les descriptions réalistes mais l’histoire est trop imprévisible et en dents de scie pour être socialement et psychologiquement appréhendée par le lecteur comme une suite logique de défaillances émotionnelles et obscènes.

 

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