« La vérité sur l’affaire Harry Quebert » : Joël Dicker en maître du rebondissement

Il y a des livres comme ça … On passe totalement à côté lors de la sortie en librairie. Une randonnée raquette plus tard à échanger avec Stef (une amie) me voici avec un ouvrage supplémentaire sur ma pile : « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » de Joël Dicker aux Editions de Fallois / L’Age d’Homme. Il aurait dû passer après tous les autres mais elle a tellement réussi à me mettre l’eau à la bouche que dès le lendemain je l’empruntai à la bibliothèque. Je ne m’attendais pas à un tel volume. Plus de 600 pages pour un roman policier. Je lis rapidement la quatrième : Y a-t-il de quoi faire de cette enquête policière un aussi gros pavé ?

L’histoire en quelques lignes …

La réponse réside clairement dans le talent de l’auteur, âgé de 27 ans lors de la rédaction du livre, à glisser des rebondissements toutes les 6 pages. La lecture commence simplement. Nous nous retrouvons avec Marcus Goldman, un écrivain, la petite trentaine en proie à un succès fulgurant avec la sortie de son premier roman. Seulement voilà, il y a maintenant 2 ans qu’il est en librairie et tout le monde, notamment son agent et son éditeur, attend un second manuscrit. C’est la panne. La page blanche. Marcus, dit « Le Formidable », décide alors d’appeler à la rescousse son mentor, Harry Quebert, professeur à l’Université de Burrows mais surtout l’auteur d’un des plus grands chefs d’oeuvre de la littérature américaine : Les Origines du Mal.

« Le premier chapitre, Marcus, est essentiel. Si les lecteurs ne l’aiment pas, ils ne liront pas le reste de votre livre. »

Il débarque alors à Aurora, une petite ville du Maine pour s’installer quelques jours dans la maison de l’écrivain en bord de mer. Le refuge parfait pour trouver l’inspiration. Mais en farfouillant dans la bibliothèque de son hôte, Marcus va découvrir une boîte dans laquelle il trouve des clichés du professeur en compagnie d’une jeune fille. Avec ces photos, un article datant d’août 1975 relatant la disparition de Nola Kellergan, âgée de 15 ans. Deux mois plus tard, Marcus est de retour à New-York avec une pile de feuilles blanches quand le téléphone sonne. C’est son agent, Douglas qui lui apprend que le corps de Nola vient d’être retrouvé dans le jardin d’Harry Quebert arrêté sur le champ pour homicide.

C’est ainsi que les ennuis commencent pour Marcus. Lié par une amitié très forte avec Harry, il décide de se rendre à Aurora dans le New Hampshire pour prouver l’innocence de l’écrivain. Il se heurte alors aux témoignages de toute une ville : du bibliothécaire, à la serveuse du Clark’s en passant par le chef de la police en service la nuit du 30 août 1975, le père de la fillette, ses amies, le riche héritier du coin, son homme à tout faire … Tout le monde y passe et c’est un vaste capharnaüm. Pourtant, Marcus tient le sujet de son prochain ouvrage. Il va écrire la vérité sur l’affaire Harry Quebert.

Pourquoi faut-il le lire ?

J’ai été littéralement fascinée par la capacité de Joël Dicker à rebondir à chaque page et à cumuler les flash back sans jamais perdre le lecteur. La fluidité est sans faille et jamais on ne reprend la lecture en se sentant balloter. Et pourtant : 1975, 2008, 2002, 1973, 1985 … Les années s’accumulent et nous retrouvons chaque personnage plongé dans son époque tissant des liens plus ou moins lointains avec Harry Quebert. Chaque personnalité est fouillée, approfondie, retournée, bousculée. Aucun d’eux ne passe en un éclair dans le livre au contraire, ils sont tous observés à la loupe.

Le lecteur remonte le fil avec Marcus. Un temps, les noeuds se suivent, puis se défont avant de ne former qu’un amas de mensonges, de quiproquos où tous ont quelque chose à se reprocher. Nous nous retrouvons dans un huis clos où l’unique pièce où tout se joue est cette petite ville de province, Aurora, entre les maisons, le motel, le dinner, l’église, la forêt et la plage. L’unité de temps est vaste mais l’unité de lieu est réduite à un cercle restreint. Et Joël Dicker arrive à y piocher, à y façonner tout ce qu’il veut.

Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé

Même si Marcus tente de prouver l’innocence de Harry, le lecteur ne peut s’empêcher de penser qu’il est coupable et mène son élève par le bout du nez. Joël Dicker arrive à entretenir le mystère autour de ce personnage, la ligne est fine et dangereuse. L’auteur joue sur les deux facettes de Quebert et on adore. Un temps il est le mentor, boxeur, l’écrivain célèbre enraciné dans sa sagesse d’auteur prodiguant des conseils à tout va, comme le type qui aurait tout vu et tout vécu. Et la page d’après, il se transforme en un être triste, mélancolique, apeuré, désespéré …Joël Dicker entretient le doute sur 670 pages et sème entre chaque chapitre les 31 conseils d’Harry Quebert à Marcus, 31 conseils pour écrire un bon livre.

Sans aucun doute mon coup de coeur de ce début d’année. Après la lecture du livre, je me suis mise devant l’adaptation en 10 épisodes, diffusés en novembre dernier, avec la crainte, comme souvent, de vouloir calquer mon imaginaire sur la vision du réalisateur, Jean-Jacques Annaud. Son talent a encore frappé. Il a réussi le pari de détacher le lecteur du roman et d’y insuffler ses propres représentations, sa propre perception du livre.

Convaincue par le livre et son adaptation. Que demander de plus ?

 

 

 

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3 commentaires sur “« La vérité sur l’affaire Harry Quebert » : Joël Dicker en maître du rebondissement

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    1. Tu avais lu d’autres romans de lui avant Harry Quebert ? Pourquoi ne t’a-t-il pas plus convaincu que ça ? La série est vraiment top et arrive à prendre son propre chemin sans inciter le lecteur du roman à chercher les ressemblances, les calques …

      Aimé par 1 personne

      1. Non je n’en avais jamais lu. J’avais justement commencé celui-à après avoir entendu tant d’avis positifs !
        J’ai trouvé qu’il y avait trop de longueurs… Mais je laisserai peut être une chance à la série ^^

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