Amélie Nothomb / La vengeance est un personnage qui se mange froid

Les romans d’Amélie Nothomb ne se lisent pas. Ils s’avalent ! Ils se dévorent ! Comme une prune -une Reine Claude par exemple- qu’on croquerait d’un seul tenant avec fougue, envie et impatience. En abordant Les prénoms épicènes, j’ai tout de suite eu la sensation de pénétrer dans un conte, un peu à l’image de Riquet à la houppe (que j’avais adoré soit dit en passant).

Le premier chapitre plante le décor des émotions mais surtout des ressentiments. Vengeance, colère, déception, tristesse, anéantissement … Claude est un homme blessé. Reine le laisse sur le carreau pour épouser Jean-Louis, « numéro deux d’une énorme compagnie d’électronique » qui fera d’elle une femme respectable, et qui plus est, à Paris. En 4 pages, ses nerfs sont en rogne, son ego touché à vif et son coeur est en 1000 morceaux. Passer à autre chose ? Que non ! C’est décidé Claude construira toute sa vie dans un seul et unique but : montrer à Reine ce qu’elle a raté en choisissant son Jean-Louis. Du choix stratégique de sa femme, Dominique, à celui de son travail, en passant par une paternité -malheureusement- tardive, Claude suit son plan à la lettre sans se soucier des dégâts laissés sur son passage : une fille Epicène qu’il est incapable de regarder et d’aimer, et une épouse Dominique, soumis et insignifiant pion sur l’échiquier de cette mascarade.

Il me hait depuis ma naissance. Il ne me tue pas, parce que c’est interdit par la loi. Il invente d’autres manières de me tuer. Ce qu’il ne sait pas, c’est que je le hais.

J’ai d’ailleurs mis quelques minutes avant de faire le lien entre les 4 premières pages et le reste du roman très clairement séparés l’un de l’autre par la mise en page. Qui plus est, dans ces prémices au carré, Amélie Nothomb prend grand soin de ne pas citer le prénom de Claude. L’amant est « lui », « tu », « moi », « il » mais jamais Claude. Ainsi, quand ce prénom -épicène- apparait à la page 12 et rencontre Dominique -autre épicène-, j’ai cru entrevoir une autre histoire. Se venger soit, mais je ne l’imaginais pas le faire en draguant une femme dans un café. Puis Amélie Nothomb sème ses petits cailloux avec réserve, intelligence et stratégie pour que l’image du puzzle apparaisse petit à petit. Comme quand nous étions enfants, d’abord les bords, les contours … puis le centre.

Décolérer est ce verbe qui ne tolère que la négation. Vous ne lirez jamais que quelqu’un décolère. Pourquoi ? Parce que la colère est précieuse, qui protège du désespoir.

On s’attend donc à ce que cette vengeance colérique ne prenne en grippe que Claude. Or, Amélie Nothomb, fort heureusement, ne place pas l’amant désavoué au centre de l’intrigue, mais le mécanisme du ressentiment. Ce dernier agit comme un virus qui contamine, qui grignote sa femme mais surtout sa fille Epicène. Son père ne l’aime pas. Elle non plus. Son objectif : attendre, « se mettre entre parenthèse » pour frapper fort le moment opportun, elle aussi.

La pelote se déroule vite, très vite … La profusion des dialogues y est certainement pour quelque chose, la fluidité de l’écriture aussi. Toujours est-il que je n’ai fait qu’une bouchée de ce dernier roman et me suis même mise à imaginer une adaptation sur les planches avec le duo Nothomb/Pommerat à la mise en scène …

 

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