« Deux Mille Dix-Sept », une fresque sociale doublée d’une expérience sonore

Les salles de théâtre me manquaient. Quand il y a quelques années, je pouvais y aller deux, trois fois par semaine, aujourd’hui,   habitant à 1 heure de Grenoble je les ai, je l’avoue, désertées. Mais de temps en temps, pour me donner envie, il m’arrive de consulter les programmations.

MC2. Jeudi 17 mai. Maguy Marin et sa dernière création « Deux Mille Dix-Sept ». Je connais son travail et avais adoré « Salves », création de 2010. J’ai immédiatement pris deux billets pour faire découvrir la chorégraphe à Benjamin sans le prévenir de ce qu’il allait voir. Maguy Marin, on accroche ou pas. Les avis sont rarement en demi-teintes. Autant le laisser découvrir sans préparer le terrain. Bingo. 1h30 plus tard. « Merci ! Vraiment merci ! Je n’avais jamais vu un truc pareil ». Et pour cause …

D’emblée le décor est planté ou plutôt la bande son. Un mélange de techno, d’électro, de brouhaha citadin, de voix enchevêtrées parfois audibles, parfois indescriptibles. Le tout craché à 97 décibels non stop avec à quatre reprises un silence total de quelques secondes avant de repartir de plus belle. Un accompagnement sonore qui en a agacé plus d’un n’hésitant pas à quitter la salle. Rien est gratuit chez Maguy Marin. Tout a un sens. Y compris cette matière sonore lâchée comme une horde de hyènes en furie plongeant le spectateur dans une bulle, un univers en apesanteur tuant tous ses sens pour ne garder en éveil qu’une connexion directe avec la scène et ses répétitions.

« Deux Mille Dix-Sept » est une fresque de l’année écoulée. Donald Trump, les comptes en Suisse, Weinstein, l’immigration, l’armement, les dessous de table, la corruption, la gestion des maisons de retraite … Des sujets d’actualité propres à 2017 et d’autres qui malheureusement se répètent irrémédiablement d’années en années sans évolution aucune. Une funèbre redondance au sens propre comme au sens figuré. Chaque tableau est une lente et sinueuse répétition. Les interprètes enchainent un scénario du corps comme dans une usine en plein taylorisme. Et quand ce n’est pas la répétition, c’est la lenteur qui prend le dessus.

Les scènes sont bourrées de symboles capitalistes, consuméristes, politiques et sociaux. L’absurdité de leur main mise sur le système mise en exergue. « Deux Mille Dix Sept », c’est un uppercut qui coupe le souffle. Au bout d’1h30, j’ai applaudi à tout rompre surprise de l’absence d’engouement de la part de 70% du public qui n’ont semble-t-il pas apprécié le moment. A contrario, totalement emballée, je n’ai pu m’empêcher de crier un grand « BRAVO » !

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s