Un peu de Nabokov dans « The Girl in the book »

Un site de streaming en entrainant un autre, je tombe sur « The Girl in the book », réalisé par Marya Cohn, inconnue au bataillon, avec, à l’affiche, Emily VanCamp plus connue pour ses rôles-titres dans les séries « Revenge » et Brothers and Sisters. Je ne l’avais jamais vu au cinéma et étais curieuse de la découvrir sous un autre jour. Elle campe ici le rôle d’une assistante dans une maison d’édition, lectrice assidue de manuscrits mais également écrivaine dans l’âme depuis son adolescence. A 28 ans, elle n’arrive pourtant plus à pondre une seule ligne digne de ce nom.La raison ? Milan Daneker, l’auteur d’un best-seller, Waking Eyes, publié il y a 15 ans. A l’époque, le père d’Alice était son agent. La jeune fille, délaissée par ses parents, grands pontes dans le milieu de l’édition, se lie d’amitié avec ce fameux Milan qui ne tarde pas à devenir son mentor, à la guider dans son travail d’écriture et lui prodiguer des conseils. Jusqu’au jour, où l’écrivain va abuser d’elle, s’approprier ses nouvelles et sa vie d’adolescente pour en faire Waking Eyes. Après une lecture publique à laquelle elle assiste, impuissante, elle décide de tout raconter à ses parents qui  n’accorderont aucune valeur à sa confession.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Lolita de Nabokov, à cette relation pédophile entre Humbert, une quarantaine d’années, et Dolorès, 12 ans. L’emprise de l’homme mûr, l’emprise de l’expérience et de l’âge sur une ingénue naïve, dénuée de ressentiments, sans méfiance, en confiance totale auprès d’un adulte qu’elle place sur un piédestal lui vouant admiration et reconnaissance. Même si l’intrigue se passe au présent, la réalisatrice Marya Cohn a opté pour le flash-back, a choisi de mettre en parallèle les temporalités afin que nous saisissions l’évolution du personnage d’Alice depuis son adolescence jusqu’à sa vie actuelle.

La direction des acteurs est excellente. Emily VanCamp est parfaite dans son rôle de femme déchirée et humiliée, rongée par ses vieux démons, avec une boule de nervosité et de rage au fond de la gorge, prête à exploser à tout moment. Elle est en retrait dans sa façon de s’habiller, son attitude, cette manie qu’elle a de continuellement « jouer » avec ses lunettes de vue. La réalisatrice en fait un personnage effacé, qui ne prend pas sa vie en main mais sans jamais tomber dans le pathos.

De son côte, le Suédois Michael Nyqvist (« Millenium »),  l’interprète de Milan Daneker, apparait avec une forte dose d’assurance et de virilité paternaliste, son personnage, lui, sans une once de talent obligé de voler les écrits d’Alice pour se faire une réputation. Dans les scènes plus perverses, il arrive même à nous donner la nausée.

Un scénario bien monté, des acteurs investis mais une fin peu convaincante. A 80% du film, on se dit qu’elle va finir par se venger, par tout révéler au grand public, par le mettre au pied du mur mais est-elle seulement assez « armée » pour le faire ? Marya Cohn a préféré faire rencontrer à Alice l’homme qui lui permettra de sortir de cette torpeur, de cette vie tempétueuse. Elle lui fait rencontrer l’amour, celui pour qui elle décide, non pas de frapper fort, mais de tirer un trait sur cette histoire. Elle décide simplement qu’elle n’aura plus d’impact sur elle-même et son entourage. Elle finit par casser les chaines qui l’empêchent d’avancer.

La tension ressentie pendant tout le film retombe comme un soufflet. On aurait envie de lui crier « Mais vas-y, détruis-le !! « . Elle dira juste « Tu m’as utilisée Milan. C’est fini ! ».

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