Gravir la montagne pour se libérer du fardeau

Je ne connaissais pas Chamonix et son environnement alpin avant d’y passer deux jours à déambuler dans les rues, à lever la tête à m’en faire mal au cou attirée comme un aimant par les crêtes inhospitalières et le Mont Blanc bien entendu. Après un passage culinaire aux petits oignons au restaurant La Calèche – choisi pour son décor d’antan entouré d’objets de brocante de toutes sortes et de tous horizons- direction la Maison de la Presse de la station.

Devant les rayons bien fournis, mon regard se pose sur La Maison des Houches de Gilbert Bordes, auteur que je connais pas. Sa couverture me rappelle Michel Serrault dans Les Enfants du Marais ou François Cluzet dans L’Ecole buissonnière. La quatrième de couverture finit de me convaincre : « Au coeur de la vallée de Chamonix, Lucien s’oppose pour la première fois à la nature qu’il aime tant : il refuse de vieillir… Il lui reste une promesse à tenir : gravir une dernière fois la montagne. » Belle coïncidence.

Les morts, tu peux les toiletter une dernière fois pour les faire paraître à leur avantage, les pomponner autant que tu veux, il y a des saletés qui ne s’en iront pas ! Et moi, je ne veux pas qu’on m’enterre pour l’éternité avec ma gueule de salaud

Une histoire de famille. Tout commence comme une histoire de famille. Lucien cumule les malaises cardiaques avant d’être mis par son fils, Alain et sa fille, Pauline, mariée à une lignée bourgeoise, dans une maison de repos/retraite. L’ancien guide de haute montagne voit dans sa déchéance une fin annoncée, fin qu’il refuse de côtoyer de près. Rongé par le passé, par l’espoir vain de voir son sang suivre sa trace sur les sommets, par le décès de son épouse Claire qu’il a abandonné pendant 5 ans pour une autre femme … il veut se laver de toute culpabilité avant son dernier souffle. Seul rayon qui semble éclairer son existence de, soi-disant, grabataire, Sophie, sa « petite libellule », sa petite fille rebelle, voguant sans filet sur les chemins tortueux des drogues dures.

Au milieu de ces personnages en proie à leurs propres désillusions et en quête d’équilibre, Lucien et Sophie font figures de leçons. Tous deux, au centre même du roman, se ressemblent dans leurs promesses. Liés par le sang, opposés par leurs générations, ils cherchent séparément puis ensemble, un moyen de se sortir du tourbillon, du gouffre dans lequel ils sont aspirés. Lucien par la vieillesse et les regrets. Sophie par la drogue, les dettes et la peur. Têtu et ronchon, Lucien s’est mis dans la tête de faire une dernière fois l’ascension des Drus et il ne dérogera pas à son idée. Bon gré malgré, il entraine sa petite fille dans cette folle aventure non sans difficulté.

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Ce très beau roman utilise le milieu alpin comme prétexte pour aborder une peur entêtante, celle de la mort et de ce que l’homme est capable d’accomplir pour l’accepter et l’aborder sereinement. Il en va du dépassement de soi, d’une quête du mental, des limites de ses capacités physiques. Le lecteur s’accroche à la hargne de Lucien qui ne lâche rien et qui, s’en jamais le dire ouvertement, prends conscience qu’il devient responsable du « sauvetage » de sa petite fille. Une belle leçon où l’auteur réussit, malgré la place prépondérante donnée au personnage de Lucien, a donné du corps aux autres membres de la famille, à leurs états émotionnels. Il utilise le père, le grand-père, l’ami qu’il est pour panser les blessures de son entourage.

Quelques mots sur Gilbert Bordes

Instituteur puis journaliste, il se consacre désormais à l’écriture. Membre de l’école de Brive, il a obtenu le prix RTL Grand Public avec La Nuit des hulottes et le prix des Maisons de la Presse avec Le Porteur de destin. La Maison des Houches, premier roman paru aux éditions Belfond en 2010, a été un succès.

La Maison des Touches, Gilbert Bordes, Editions Pocket, 256 pages, 6€95

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