Benjamin : « Fascinant de voir la vulnérabilité de Bob Dylan »

Je m’intéresse de près à Bob Dylan depuis 10 ans maintenant. J’ai eu une vision en tombant sur une vidéo de lui filmée par Andy Warhol en 1964 (noir et blanc visible dans No Direction Home) un uppercut en pleine trogne. J’avais 18 ans. Un troll dans le monde musical et tout à découvrir ! Je ne vais pas m’attarder sur ce qui me lie à Dylan, ce serait trop long et risquerait de vous ennuyer !

Il y a de cela trois ou quatre mois, je me suis souvenu avoir lu dans l’une des premières biographies de Bobby, qu’il avait passé du temps chez un peintre dans une cabane en Haute-Savoie. Cela m’est revenu complètement par hasard et j’ai ressenti le besoin de creuser ce souvenir. Je vis dans les Alpes depuis plusieurs d’années, la vision romantique d’un Dylan la fleur à la bouche, dessinant des tableaux avec un ami peintre imaginaire dans une cabane montagnarde me faisait rêver ! Je suis moi-même une âme plutôt solitaire à ma façon, qui s’est construit un abris dans les bois quelque part dans l’ouest de la France et j’aime m’y réfugier. Et puis je trouvais cela incroyable que Dylan ait un jour voyagé en France en dehors d’une ville, qui plus est dans les Alpes ! Recherches vaines, un message sur un forum consacré à l’artiste, pas de réponse si ce n’est des « peut être » et le nom de David Oppenheim (qui a d’ailleurs illustré la pochette de l’album Blood on the tracks). Point à la ligne. Je suis resté avec mes doutes et mon imagination …

Et voilà que la semaine dernière un nouveau membre fait son apparition sur notre forum : Robert Martin qui écrit clairement la chose suivante : « En mai 1975, Bob Dylan rend visite au peintre D.O dans sa maison de Haute-Savoie. Robert Martin, 22 ans, se trouve là ». Vite, se procurer le livre ! Cette histoire est donc vraie et quelqu’un l’a vécue de l’intérieur; Qui plus est, il est français et vient de sortir un bouquin, Dix jours avec Bob Dylan, sur cette aventure dingue, 40 ans plus tard ! J’ai de la chance !

Je me suis régalé ! On pardonne sur certaine page la mémoire défaillante de l’auteur et j’ai même envie de dire : tant mieux ! Si l’histoire avait été révélée avec trop de détails, elle aurait perdu en saveur. J’ai eu le sentiment de lire un roman plus qu’un récit. Les accroches philosophiques sont délicieuses et j’ai découvert grâce à ce livre Guy Debord et les situationnistes (à creuser) que je ne connaissais pas. On aime prendre chaque paragraphe comme un nouveau virage, Robert Martin au volant, qui nous relie irréfutablement à Dylan…

Ce que qu’il a vécu avec lui, David et Armance (l’attachée de presse) est exceptionnel et unique. A aucun moment l’auteur ne sort un appareil photo ou ne demande une chanson à Bob (Cela ne lui serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit !). L’auteur a en face de lui un homme qu’il considère comme n’importe quelle personne, et fort heureusement. Sinon rien ne se serait passé de cette manière. Son détachement, sa naïveté, sa jeunesse au moment où se déroule l’histoire, tout ceci est délicieux !

Malgré tout quelques questions restent en suspens mais attisent ma curiosité. J’ai toujours été passionné de géographie et j’aime regarder, déplier, crayonner les cartes. Grand Dieu où est donc ce village haut savoyard où David Oppenheim avait ses quartiers en 1975. Dès les premières pages, Robert Martin fait l’éloge des produits du terroir sans nous donner précisément le nom du lieu où Bob a débarqué après un si long voyage depuis Los Angeles (c’est à peine s’il semble s’arrêter quelques jours à Paris). Peut-être souhaite-il garder l’endroit secret où Dylan sirotait ses premières gouttes de gnôle de prune offertes par Monsieur Saint-Simon, le voisin le plus proche de la maison du peintre. Dylan a certainement été touché par cette rencontre, comme toutes celles qui vont suivre…ou plutôt troublé, l’impression d’être au mauvais endroit, de ne pas avoir sa place « Je devine soudain dans son regard l’éclair d’une hésitation anxieuse, peut être à ce moment se demande-t-il si ce voyage en France est une bonne idée. » Je n’imagine pas un seul instant Dylan s’intéresser à la culture française au point d’engager un voyage comme celui qui va suivre. C’est fascinant de voir sa vulnérabilité dans un instant comme celui ci.

Autre surprise de ce récit autobiographique, le fameux trait de Khôl noir si cher à l’esthétisme de Bob Dylan dès 1975.  Si on en croit Robert Martin, Dylan se serait inspiré d’une de ses folies passagères. L’auteur est alors torse-nu, dans une salle de bain Corse, un après-midi de fête. Posé sur le bord de l’évier, un crayon khôl : « J’en couvre la fine épaisseur rose de la paupière sous chaque oeil comme les fiers Afghans Mon retour dans la grande pièce fait sensation. Bob m’observe silencieusement . Il m’invite à le suivre, me demande de lui indiquer le mode d’emploi du khôl. On se fait face tous les deux, plantés devant la glace de la salle de bain ».

En somme, un ouvrage pour les fans de Bob et les plus novices qui n’auraient pas envie de se plonger dans une biographie complète mais qui voudraient tout de même entrouvrir la porte du vaste monde Dylan.

Dix jours avec Bob Dylan de Robert Martin. Editions Ptyx. 156 pages. 14,50 €.

Le site internet de l’ouvrage > ICI 

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5 commentaires sur “Benjamin : « Fascinant de voir la vulnérabilité de Bob Dylan »

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  1. Lu aussi ce livre, découvert sur le Forum bien sur. J’essaye d’écrire un petit article pour mon Blog Notes, et j’avoue, j’ai du mal à démarrer. Perplexe, je ne sais quoi penser de ce récit !

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